Le culte des Ancêtres

Publié le par Duir

Le culte des Ancêtres n’implique pas la seule référence à un ancêtre d’une époque. Il ne s’agit pas de faire offrande à nos ancêtres les Gaulois et d’occulter tous les autres. IL s’agit d’avoir conscience que les « Ancêtres » comprennent les hommes des cavernes, les Gaulois, mais aussi tous ceux qui les ont suivis et qui nous ont précédés, hommes du Moyen – Age, de la Renaissance, hommes de la Révolution, de la guerre de1870, 1914, 1940.. Sont Ancêtres tous nos morts, sans lesquels nous ne serions pas là, au bout d’une lignée d’humanité. Il est vrai que cette notion peut devenir difficile pour nous qui avons des Ancêtres à l’histoire mouvementée, et dont l’environnement change. N’oublions pas que les peuples, avant, ne cherchaient pas à évoluer, mais à faire aussi bien, ce qui fait que les longues lignées d’hommes qui se sont suivies ont fait et refait les mêmes gestes, les mêmes prières, avaient les mêmes croyances durant des millénaires. Quand un Inuit dit « Ancêtre » nous voyons simplement un  « Inuit ». Il en est autrement aujourd’hui où nous faisons la course au plus, au vite, au soit disant mieux, nos ancêtres intègrent cette ronde, mais par conséquent nous devons faire avec cela. Ces Ancêtres sont en quelque sorte notre inconscient collectif et leurs actes, comme leurs haines ou leurs amours pèsent lourdement sur  notre présent.

 

Ceux là ont pour nom Ancêtre du sang, ils sont nos ancêtres de vie, ceux qui nous ont sexuellement (et parfois amoureusement) générés.

Les Ancêtres de la tribu, de la communauté, sont du même ordre.

On les vénère, on leur  fait des demandes, car ils peuvent nous conseiller et nous aider.

Certains Chamans disent ancêtres les esprits qui les chevauchent, voire connaissent même leur nom et leur histoire.

 

Mais il est d’autres ancêtres, que nous devons prendre en compte.

Les Ancêtres du Sol. Nous qui voyageons beaucoup, partons à la rencontre des paysages et des peuples étrangers. Nous oublions que parallèlement nous pouvons être confrontés aux Ancêtres du sol, ceux qui vécurent là, qui sont imprégnés dans le paysage, y sont enterrés. Un espace comme Verdun, où affleurent encore les larmes de feu des « poilus », est un exemple parfait de lieu où se rencontrent les Ancêtres du Sol.

Les Ancêtres du sol, sont souvent enterrés dans la terre où ils ont vécu et qui nous nourrie.

 

Puis suivant nos orientations personnelles nous avons des Ancêtres Spirituels. Pour un artisan, cela peut - être les Ancêtres de l’Art,  pour un Druide cela peut être les Druides antiques, pour un soldat,  les Guerriers.

 

A la jonction des Ancêtres et de notre présent, ce trouve les vieux, les ainés. Dans toutes les traditions anciennes qui pratiquent le culte des Ancêtres, les Vieux, les Aines ont une place particulière puisqu’ils sont en passe de devenir des Ancêtres. Les Vieux sont sensés avoir une certaine sagesse, qu’ils semblent avoir perdu, mais conscient du rôle de conseiller qui lui est imparti l’humain se prépare à sa vieillesse avec une toute autre idée que celle que nous avons aujourd’hui. Aujourd’hui nous cherchons à devenir des vieux, jeunes, ou nous laissons devenir des vieux cons au lieu de vouloir devenir des vieux sages.  Cependant, avec conscience de cette responsabilité les vieux retrouvent cette place particulière. Ils sont dans ce cas guides et conseillers. On ne leur demande pas d’écouter du Rap ou de se mettre sur FaceBook, on attend plutôt leur avis et leurs conseils. Ils ne sont pas rejetés ou moqués, mais au contraire grandement respectés.

 

 

 

Que ce soit le rapport aux Ancêtres ou aux Ainés, il est aisé de comprendre qu’ils sont la part exprimée de toutes ces ombres et inconscience que la psychanalyse connaît bien. Il ne s’agit pas exactement de l’esprit d’une personne morte, d’un fantôme tel que nous le concevons dans nos superstitions dégénératives. Boris Cyrulnik [1]aborde parfaitement cet échange et parle encore de « fantômes », ces réelles émotions et cryptes que nous gardons comme de lourdes (ou de merveilles) valises au long de notre vie et que nous donnons en héritage  à nos descendants, souvent sans même nous en rendre compte.

A ce titre, la célébration et le culte des Ancêtres propose deux choses parfaitement compatibles. La première est l’héritage accepté, inconscient et donc très efficace de tous ce qui est à prendre de nos Ancêtres, les bons conseils, les bonnes aides. Les prières et les pensées de respect, d’amour et de mémoire, sont autant de thérapies. La deuxième s’agit de guérir le passé !

Ce phénomène est bien connu dans les traumatismes de masse, comme un génocide qui doit être reconnu pour être pardonné. Le devoir de mémoire est une expression du Culte des Ancêtres, un tantinet aseptisé mais contribuant à la génération de notre avenir délesté du poids des maux, enrichi d’un savoir. A nous de retrouver le fil de notre histoire, personnelle,  communautaire, humaine, de la célébrer sans la juger. Nous retrouverons alors le respect de ceux qui nous ont précédés, qu’ils soient du sang, du sol ou de l’âme, la joie d’être vivants, ce qui semble nous faire  bien défaut aujourd’hui.

 

 

 



[1] Boris Cyrulnik, Le Murmure des Fantômes »

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Publié dans Essais

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