Lieux sacrés, espèce en voie de disparition

Publié le par Duir

 

Un pèlerinage est un voyage effectué par un croyant vers un lieu de dévotion, vers un endroit tenu pour sacré selon sa religion. Le mot pèlerinage vient du latin peregrinatio et signifie voyage à l'étranger ou séjour à l'étranger.

Selon les origines étymologiques, le pèlerin est l'expatrié ou l'exilé. Il est partout un étranger inconnu des hommes et privé du secours d'une collectivité. Le déplacement des hommes et des femmes, généralement à pied, vers des lieux où ils entrent en contact avec le sacré est une pratique qui apparaît dans de très nombreuses cultures jusqu'à nos jours. Le pèlerinage est un phénomène quasi universel de l'anthropologie religieuse. Le pèlerin rencontre le surnaturel en un lieu précis où il participe à une réalité autre que la réalité profane.

Le pèlerinage est aussi une importante source de revenus pour l'industrie du tourisme.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pelerinage

 

Voila qui est édifiant : importante source de revenus pour l’industrie du tourisme !

Il semble effectivement, du moins déjà au  Moyen Age que les Lieux Saints aient été des hauts lieux de source de revenus. Le lieu par contre n’est pas forcement à l’étranger puisqu’il peut se trouver sur la même commune que celle où nous vivons, mais il nécessite toujours un déplacement, un effort.

Cette notion de déplacement est importante, il doit être envisagé, préparer, intériorisé afin de ne pas simplement être une BA, un geste automatique et sans répercussion profonde.

Il s’agit encore une fois d’un retour aux sources, ou de quête de Soi même, en tous cas de rencontre avec une autre réalité. Il s’agit bien d’un acte religieux.

Sont caractéristiques, de prendre le temps (on préfère marcher à pied) et on quitte pour un temps sa communauté protectrice, on se retrouve seul face à son chemin. Voila un des traits particuliers de tous pèlerinages.

Le lieu où l’on va est important, il est choisi en fonction de sa foi.

Le pèlerinage est nécessaire à l’âme croyante tout comme aux communautés qui les couvent. Le tracés sacré emprunté par l’un ne peut que rejaillir sur sa communauté, d’ans l’esprit ancien qui savait lier les hommes.

 

Dans la dynamique de mondialisation qui est celle de notre époque, mondialisation économique mais aussi spirituelle,  où l’importance du Soi est si grande que nous nous sommes coupés des Dieux, les pèlerinages sur les lieux sacrés devraient tendres à disparaître.
Hors il n’en est rien,  les humains continuent à se déplacer en masse (en avion même) sur les sites sacrés de leurs ancêtres. Vieux reflexes, instinct ?

Partir sur un lieu sacré est un acte magique qui permet à notre âme de se retrouver, mais aussi de recoller à son histoire, à sa culture, à son origine. On sait que d’autres avant nous ont fait ce geste, le continuer est une sorte de survivance d’un lien traditionnel. Cela nourrit la croyance, renforce le lien, fait chanter la terre. C’est une rencontre spirituelle entre un lieu et une âme.

 

Il existe cependant un problème  aujourd’hui : nous sommes bien trop nombreux à nous jeter sur les chemins des pèlerinages que les lieux sacrés finissent par en être comme saturés. Pire nous les couvrons de bâtiments, bref nous agissons comme d’habitude en conquérants et non en amitiés.

La preuve en est de l’état d’un espace tel que Carnac, qui doit pour être protégé, s’interdit à nos pas. Regardons  autour des dolmens et autres menhirs, les crottes, les papiers jetés. Que dire de Stonehenge envahi par des foules « païennes », montant sur les pierres sans plus aucun respect du travail effectué pour les tenir là, droite ?

Il est paradoxal mais réel que ce sont nos propres pèlerinages qui mettent nos lieux sacrés en péril.

La forêt de Brocéliande, lieux sacré « moderne »  en est un autre exemple révélateur. Si le sens religieux n’est pas forcement mis en avant, il s’agit toujours d’un intérêt pour le mystère, le rêve et l’imagination, certains y vont pour le folklore. Mais d’autres y vont pour leurs prières. L’ensemble forme grande foule qui piétine allégrement et sans vergogne les sites les plus accessibles. Tout comme la fontaine de Barenton, assaillie, dont les arbres harassés  laissent émerger leurs racines de la terre lasse.

 

Faudra t-il parquer Brocéliande comme Carnac ?

 

.. Je pense aussi à une sculpture dans la pierre dans l’est de la France qui a été saccagée, bien qu’elle se trouve hors des sentiers battus …..

 

Nos lieux sacrés ne sont –ils pas devenus des animaux en voie de disparition, méritant que l’on se penche sur l’interdiction de leur destruction par notre trop grande volonté de les « avoir » ? Au même titre que le loup, l’ours ou le lynx ne méritent-ils pas qu’on les taxe d’espèce à protéger ?

 

De la même manière que nous nous insurgeons lorsque se lèvent des projets de routes à travers nos Pierres, ne devrions nous pas réaliser que nos propres présences, nos pas, nos irrévérences finissent par devenir une pollution toute aussi dramatique ?

 

Devons nous aménager, bétonner ou interdire ?

 

N’y a-t-il pas une solution autre ? Nous qui savons marcher sur la lune ne pourrions nous pas trouver l’idée pour continuer à accéder à nos sites sacrés sans les saloper ? Ou pouvons- nous trouver dans les vieilles approches une manière de faire qui respecte et notre besoin de pèlerinage et l’intégrité du lieu ?

 

Nous n’avons pas de réponse à donner même si quelques idées nous sont propres. Quoiqu’il en soit un espace sacré ne s’approche que dans le silence, et dans le respect. C’est autour que nous devons tourner et ne pas grimper dessus. Les lieux sacrés n’appartiennent à personne et encore moins à quelques allumés qui s’en font les gardiens des secrets mystiques.

 

Cette réflexion se doit être menée seul, face à soi même lorsque nous empruntons les chemins de quelques voies sacrées. Doit-on suivre les ornières, ou passer son chemin et dévier un peu ? Doit-on hurler au loup en jetant ses poubelles ou prendre son bâton et marcher devant soi ? Et qu’est ce qui est sacré, l’esprit qui nous lie ou qu’on nous prenne en photo sur le mont de Belen, protéger notre Terre y compris de nous même ou dire j’y étais ?

 

 

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Publié dans Essais

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