Pieds nus sur la terre sacrée

Publié le par Duir

Avez-vous déjà marché pieds nus dans la poussière, dans la boue, dans la terre ? Je ne parle pas de marcher pieds nus sur les rues de nos villes et villages, mais sur les chemins de terre. Suivant la saison et le temps ils pourront être secs et poussiéreux, mous et humides, durs et froids, rafraîchissants, divers. C’est une expérience mémorable Il peut en ressortir un sentiment de faiblesse, quand la terre et trempée ou froide, comme un sentiment de force quand elle est argileuse ou sèche, il peut en ressortir tout le contraire suivant nos préférences, notre nature propre. Ces différences de textures sont autant de réalités vivantes, la terre vit et sa matière sera moulée à la saison qui passe, au temps du jour. Cette réalité nos pieds, désentravés des carcans peuvent alors la partager et s’en sentir si proche que parfois ils sont comme imprégnés, fondus, captivés, embrassés. Sensation étrange d’appartenance et de similitude, il est comme un pied fait de terre, une forme d’argile, il est comme une terre vivante et ressentant elle aussi notre vie qui court sur sa peau.

Cette expérience porte en elle l’expérience du vivant, la confrontation directe avec les réalités vivante. La terre est la matière qui porte la vie, nous marchons sur elle, elle nous porte, fruit nourriture, et nous accueille pour le grand sommeil. La fouler de nos pieds permet  à ces vérités non pas d’effleurer nos pensées ou de nourrir notre espace mental comme une subjectivité, mais au contraire de le sentir avec sa chair, donc de le vivre. Comme chaque expérience de vie cette expérience ravive en nous la sensation de vivre et qui de plus sans être un étranger.

Marcher pieds nus sur la terre permet de retrouver le sens de la nature vivante de la terre et notre appartenance  à cette réalité.

 

Il semble aussi que de marcher pieds nus permettent de mieux capter, de mieux accueillir les forces telluriques, les énergies terrestres qui viennent du dessous. Le port de chaussures n’entrave pas ces échanges, pas plus que nos murs de bétons, les déviances electro-magnétiques. Bien sûr plus les chaussures seront en fibres naturelles plus elles respecteront l’osmose.

 

Il ne s’agit pas seulement de marcher pieds nus sur la terre pour en ressentir le bien- être, mais aussi et surtout pour en intégrer la valeur, qui nous ramène à plus d’humilité, ce mot si proche de l’humus dont notre humanité n’est pas étrangère. Humilité ne veut pas dire se rabaisser, se vouloir plus petit, mais s’intégrer à l’humus, ne plus être un contre le monde entier mais être parmi, de même nature. Cette humilité nous ramène à nos besoins fondamentaux, avec respect et attention, besoin de boire, de manger, de dormir, de vieillir, elle nous offre l’horizon des lois de la nature dont nous avons à respecter les règles. Sans compter les références dont la plupart des mythologies font état, cette matière glaise dont l’homme est fait, il s’agit d’une vraie réalité non pas d’une simple image symbolique. Le corps humain et le corps de la terre sont fait de même chair, ils suivent chacun les cycles et les spirales du temps. Ils se nourrissent. La différence tiendrait dans le sens que la terre nous porte et nous nourrie, c’est sa propre réalité qui arrête les rayons du soleil pour leur donner force de lumière :  dans l’espace la lumière n’éclaire pas. C’est encore ses courbes rondes qui face au Soleil tournant permettent les décompositions d’ombres vitales. C’est toujours elle qui tourne pour offrir tour à tour ses visages et nous glisse de l’hiver à l’été, de la nuit vers le jour. Comment pourrions-nous vivre sans elle ?

Enfant de la terre, de même nature, que faisons-nous pour elle, en retour de ses dons ? La chanter, la danser ? Certains osent encore le faire. Cela est-il suffisant ? La défendre, se battre pour la préserver ? Certains osent aussi le faire. Cela est-il suffisant ? Ne devrions-nous pas laisser le silence du vent nous porter ses messages et laisser ne pas se contenter de dire ou de faire, mais essayer, d’être aussi tout simplement ?

Marcher pieds nus sur la terre sacrée peut nous ouvrir ce champ d’existence tenue, nous relier à notre propre essence, de terre et de chair tout d’amour contenu.

 

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Publié dans Essais

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