La mort, l'amour ...

Publié le par Duir




Les images numineuses anciennes concernant la mort et l’amour sont souvent les deux faces d’une même  Déesse.  Transcendant la notion du temps et basculant dans la loi cyclique de l’éternel retour, Elles sont tout à la fois mères d’un amour infini, de la magie du monde tel qu’il nous échappe, tout autant que son acte de mort. Morrigane est de celles là, ombre noire, elle envoie les corbeaux sur les champs de bataille, lançant leurs hauts cris comme annonce de son passage. Mais Morrigane est aussi celle qui séduit le Dagda, qui lance ses charmes, et telle la Morgane, son avatar édulcoré, elle porte en elle la puissance de cet amour fou qui perd les amants pour mieux les accrocher au flambeau de la vie.
Cette ombre noire qui tombe, morte, au départ de son fils Lancelot. C’est encore elle, tellement porteuse  qu’elle offre sa propre mort à la réalité vivante de ceux qu’elle promet à la vie. Nous retrouvons ce geste de don total, de mort , métamorphose d'une Déesse amoureuse et mère, cette fonte de soi dans le magma vibrant, vivant, par le démembrement de Boan, au cours de la Rivière du même nom.
Il ne s’agit pas d’un amour pensé, mais d’un amour terrible...


Freya du Nord porte aussi ces attributs de magie, d'amour et de mort.

Il s’agit de la force du féminin, celui qui porte le lien secret transcendant la vie et y rattachant la mort.
C'est par reflet ce chant de vieille à la veillée d’un loup mort, le ramenant à la vie (Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estes).


Cette vision de la mort, de l’amour n’est pas le fruit d’une projection primitive incomplète, mais le reflet exact d’un archétype flamboyant. Nous pouvons en frôler la véracité lorsque confrontés à la mort nous sombrons à la fois dans le chagrin le plus terrifiant et en même temps fond sur notre âme une éternelle paix, l’expérience d’un amour au-delà de l’espace et du temps. C’est un peu comme si à cet instant, un grand oiseau de nuit portait ses ailes noires tout autour de notre être, dans un sanglot sans fin, mais dans le voile que pose cette ombre se trouve, une douceur, une tendresse, une beauté indicible, un amour pour de vrai.

 

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Publié dans Essais

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