L’esprit du Clan et le culte des Ancêtres

Publié le par Duir

Les traditions natives ont toutes une présence majeure du culte des ancêtres. Ceux-ci sont à la fois fort coupés du monde des vivants, chacun chez soi, et en même temps toujours présents. Ils sont fêtés à cycles réguliers, honorés. Contre la fidélité de notre mémoire ils nous assurent la continuité des générations.
L’Ancêtre  est d’une importance majeure dans nos traditions qui fonctionnaient sur la base du « clan ». Le clan ne doit pas être confondu avec la communauté démocratique. Celle-ci met le groupe au service de l’individu, quand le clan met l’individu au service du clan. Sachons là aussi faire la différence entre certaines tendances communautaires qui annihilent l’individu pour le fondre dans la masse, et le clan qui valorise la richesse individuelle, vitale pour le clan.

Le clan est ce qui peut être la notion de famille à l’ancienne, soit, une famille dans le sens très élargi du terme (les Fine Irlandaises en sont un excellent exemple), mais nos vieilles familles abritant sous le même toit plusieurs générations, voire plusieurs fratries en sont un lointain héritage.

En ce sens, les individus, se trouvent forts de vivre en groupe puisqu’ils se soutiennent et se renforcent.

Le clan se renforce dans l’espace – horizontal – il lui faut des individus aux compétences différentes et complémentaires répondant à l’ensemble des besoins du groupe dans son ensemble et à  l’ensemble des individus de ce même groupe. Mais il se renforce aussi dans le plan – vertical – il lui faut connaître son histoire et avoir un passé afin de pouvoir se projeter dans le futur. La survie du clan passe par la connaissance et la célébration de ses ancêtres, d’où les cultes des Ancêtres historiques, et de l’ancêtre mythique garant d’une identité, synonyme d’une réalité dans le monde des hommes.

Il n’est donc pas surprenant de trouver des traces du culte des Ancêtres dans la totalité des pratiques premières et héritières. Ce culte, si important et si vital passera les clivages et réussira à trouver son expression en des croyances plus modernes qui par essences lui sont bien étrangères.

Le culte des Ancêtres difficilement dissociable de la notion de tribu, de clan est sorti de ce contexte une sorte de bouffonnerie lugubre. Pour comprendre pleinement ce lien nous devons avoir pleine conscience de la notion de clan, au moins dans l’esprit et dans le sens, si ce n’est dans la réalité.

Se savoir descendants, héritiers de , est sans aucun doute un des premiers pas vers la reconnexion avec ce type de croyance. Nous comprenons fort bien le sens invoqué dans l’expression des liens profonds entre les vivants et les morts des tribus contemporaines amérindiennes, ou encore dans celle des traditions encore vivaces de quelques aborigènes. En quoi retrouver le sens de nos ancêtres ne serait-il pas aussi respectable ?

Non dans le sens de nous couper du présent mais plus pour nous y incarner avec responsabilité et humilité.

Avancer le culte des ancêtres comme un seul filet d’encens sur l’autel familial relève de la fantaisie la plus primaire, en ce sens où il déconnecté de la fonction première de relier et lier l’espace et le temps, le passé et le futur. Les morts sont censés nous garantir la longévité si nous savons conter leur histoire et honorer leur mémoire, cela est euphémisme, car si nous parlons d’eux nous gardons le sens de ce que nous sommes. Il s’agit bien de la garantie de notre survie d’être humain.

Mais plus encore, les morts sont placés entre les mondes, ils ont accès à toutes les portes et peuvent donc aussi nous guider, nous aider, nous conseiller, intercéder pour nous auprès des Dieux (d’où les prières faites directement aux Ancêtres). Ils voient de l’autre coté. Ainsi il devient facile de mêler les esprits et les morts, les espaces des dieux et celui des morts, les îles bienheureuses et les espaces magiques, le monde du Sydhe et les Tertres divins. Le pays des pommes de nos ancêtres est porteur des secrets qui ne se révèlent  qu’à ceux ayant passé les flots, ou les portes de pierres.

 

Quoiqu’il en soit, il est indéniable qu’un homme sans mémoire est un homme blessé. La science psychologique connaît bien les blessures portées par ceux qui ne connaissent pas leur histoire, et le nom de leurs pères (ou des mères). Il en est de même pour celui des familles, des  clans perdus. Renier sa mémoire, refouler son héritage, quel qu’il soit, attester que nous n’avons rien gardé de nos aïeux, qu’il ne nous reste rien, est sans aucun doute la pire blessure que nous pouvons nous infliger nous-même. Un peu comme une boucle qui ne saurait se reconnaître, une mère avalant ses petits, une mort dans l’œuf. Fidèle aux croyances anciennes, ce serait faire un retour aux sources, non pour s’y abreuver mais pour renoncer à soi même.

Nous pouvons nous demander comment pouvons nous faire, alors que notre aujourd’hui a oublié le sens du clan et de la tribu, temps où l’individu ne sait plus ce qu’il peut être pour les siens tout en sachant très bien ce qu’il en veut.

Penser juste un instant que nous sommes là simplement parce que d’autres on su retrousser les manches et maladroitement, mais courageusement,  chaque jour qui passe su ramasser judicieusement les baies qui courent au bords des chemins, chasser le lapin qui rode, battre le blé et nous cuire le pain ..

Avons-nous cette sagesse qui pense à demain ?
Avons-nous cette volonté juste ?
Avons-nous cet amour ?

Le culte des ancêtres c’est peut-être aussi, un peu, reconnaître qu’il a fallu beaucoup d’amour malgré les haines pour être encore et toujours là, vivant, debout, mangeant le blé …. Et que perdant ce sens des « Vieux », nous spolions nos enfants de ce qui est leur : la vie sur la terre. 

 

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Publié dans Essais

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