Art Sacré
Il semble que soit fait un amalgame entre art sacré et art religieux, à tel point que si nous tapons art sacré dans un moteur de recherche, nous tombons immanquablement sur des images chrétiennes. Hors il est une différence majeure entre l’art sacré et l’art religieux, de la même manière qu’il existe une différence majeure entre art profane et art sacré. Ces distinctions sont des vocables modernes où le sacré se différencie du profane, à tel point qu’il ne semble plus y avoir d’interférence entre eux et l’art sacré n’est plus que de l’art religieux voué à la représentation d’une croyance induite pour tous.
C’est encore une fois, penser en homme moderne, et oublier que le monde a tourné avec d’autres méthodes d’approche durant des milliers d’années. Le paganisme se rattachant aux anciennes cultures, tend à retrouver ce lien entre l’art et le sacré et ne se complet pas à simplement représenter, un art qui ne se voudrait « que » décoratif.
Ancestralement le profane et le sacré, s’entremêlent et se chevauchent, il est un temps pour chaque chose, mais ces temps sont nécessaires à l’équilibre et à la bonne marche du monde. Chaque art primitif ne semble pouvoir se défaire de cette manie de pratiquer l’art en le liant au « sens ».
Le religieux serait un art qui représente le divin. Le sacré serait l’art qui le manifeste. Approche totalement différente si on en juge par les pratiques artistiques ancestrales, entre les mondes primitifs et nous. Il est une évidence que nous sommes capables de décorer un outil pour le rendre joli, alors qu’un primitif n’a que faire du joli si celui ci ne lie pas de manière « magique » l’outil au divin, lui conférant un sens différent, protecteur, agissant. Le fait de lier au sacré rend beau, sans aucun doute, mais le but n’est pas cette beauté, le but est la magie. Dans le monde antique l’art est magie. Cela se retrouve parfaitement clair, dans le monde primitif des chamans, qui « dessinent » pour « charger », mais aussi dans le monde Celtique, Nordique. En effet ces deux cultures proposent les entrelacs qui sont à la fois une décoration ultime mais surtout un écho de l’effluve divine, qui en dehors de ces « symboliques » (cycle, spirale etc.) ne peut se représenter. Ce n’est que tardivement que ces cultures ont représenté leurs Dieux, Brennus ne fut certainement pas le premier à rire des statues grecques déjà vouées à la représentation moderne.
Nous pouvons considérer que le modèle d’art sacré, art dans lequel se manifeste le divin, est la base du monde créatif de notre occident jusqu’à la fin de l’art roman. Tant que l’art respecte, un trait, une approche symbolique, il tente de rejoindre ce qui touche l’âme humaine par son « sens magique». A partir du moment où l’humain a désiré représenter, voire égaler, les beautés divines, l’art s’éloigne du sacré pour devenir religieux. L’art gothique semble nous avoir lancé sur cette décadence, fier de nos nouvelles compétences architecturales, sûr de notre supériorité sur la nature, nous pouvons, oser, la représenter.
Mais l’art sacré, comme le sens religieux, n’est pas affaire d’Histoire, c’est une manière d’exprimer. Ainsi l’art religieux, comme l’art profane peut en certaines occasions transpirer le sacré. L’artiste n’en est pas pour autant conscient, son « Art » le dépasse, et c’est ainsi que tout au long de l’histoire de l’art nous pouvons croiser de ces œuvres, hors du commun.
Chaque trace, chaque son, peut être pour nous le respectable et le réceptacle d’un sens divin qui s’il nous échappe, s’approche un peu de nous.
Nos ancêtres avaient tellement compris cela que les gens de l’« Art » étaient des plus respectés. Si ces « grandes âmes » ne sont plus vues, ni respectées à notre époque le sacré peut investir chaque trait, chaque couleur, chaque mélodie si tant est qu’il se calque sur la danse du monde, au delà des critères des petites étapes temporaires que sont nos vies et les critères de culture.