Le geste magique de remonter une jambe, un bras et fermer un oeil se
retrouve dans plusieurs légendes, mais l'exemple le plus marquant se trouve dans la seconde bataille de Mag Tured
(Cath Maige Turedh),
durant laquelle le dieu irlandais Lugh se livre à ce rite singulier quasi chamanique.
Pendant la bataille, Lugh prend un aspect insolite et se tient immobile, debout sur une jambe, un bras dans le dos et fermant un oeil.
L'action magique de cette posture est appelée corrguinecht ou « sorcellerie de la grue ».
Dans la naissance de Oengus, Boand (ou Boann, l'esprit de la rivière Boyne) est la femme d'Elcmar, un autre nom du dieu Ogme et qui est le frère du dieu Dagda. Celui-ci, désirant la belle Boand, éloigne son frère par un voyage à l’aide d’un sortilège. Il lui ôte le sens de l'espace et de la faim ainsi que la notion du temps. L’union du Dagda et de Boan, donne naissance à Oengus mais les neuf mois nécessaires à sa naissance paraissent comme un jour à Elcmar qui revient de son voyage.
Boan quittant le palais suivra la rivière qui porte son nom et dans laquelle elle perdra un bras, une jambe et un œil.
Ce deuxième mythe peut sans doute nous aider à éclairer le geste de Lugh.
Bien entendu il ne s’agit pas de lire la naissance d’Oengus à un premier niveau de lecture, il ne s’agit en aucun cas d’une histoire de cocufiage et d’autopunition.
Si nous rapportons les personnages à des symboliques de fonction et de projection spirituelle, il en est tout autre chose.
Elcmar en tant que roi , est une projection du Je, voire du Soi des écoles psychanalitiques, il est en tous cas une projection vers le temporel, l’action, la mise en œuvre d’un potentiel, qui se trouve stagnant dans la matrice de la déesse. Lorsque ce roi ne provoque pas la mise en œuvre de ce potentiel de vie, alors la magie, la volonté divine, le destin, par le biais d’une magie, forcera ce rôle (Merlin dans la naissance d’Arthur). Il en est de même dans nos vies lorsque nous rencontrons des situations que nous cherchions à fuir et qu’il semble bien que nous devions résoudre.
La matrice fécondée, pourra alors mettre en œuvre, porter à la vie son fruit.
Et c’est bien ce qui se passe lorsque Boan, « crée » la rivière Boyne.
Le fait d’y perdre un bras, une jambe et un œil symbolise d’un coté la réalité de chaque naissance engendre une séparation (le nouveau né est coupé du ventre de sa mère et de nombreuses mères pourront témoigner du baby blues etc.).
Mais aussi que la mise en œuvre vitale se nourrit de primordial. Le bras, la jambe, l’œil permettent d’avancer, d’aller plus loin, de tendre le bras, de regarder au devant, d’aller plus loin. Il s’agit d’un acte initiatique comme la vie nous en propose à chacun de ses virages, nous y perdons de nous, une part de nous- même, mais enfin nous avançons. Devenant autre.
C’est sans aucun doute une des plus grandes magies à laquelle il est possible de faire appel, car elle demande courage et sagesse. Lugh, dieu polytechnicien sait qu’en occultant physiquement (consciemment) les forces disponibles par son œil, sa jambe et son bras il les rend disponibles dans le monde inconscient et par la même magique.
hétéroclite (éclectique) de pratiques personnelles. Le néo paganisme est
parfaitement inscrit dans cette mouvance new âge avec la simple particularité d’inclure dans ses références les signes européens des anciennes croyances, tout en gardant ceux hérités des premiers
pionniers de ces mouvements (Indouisme, Bouddhisme, Taôisme etc.).