Essais

Mercredi 14 octobre 2009

Le geste magique de remonter une jambe, un bras et  fermer un oeil se retrouve dans plusieurs légendes, mais l'exemple le plus marquant se trouve dans la seconde bataille de Mag Tured (Cath Maige Turedh), durant laquelle le dieu irlandais Lugh se livre à ce rite singulier quasi chamanique.

 

Pendant la bataille, Lugh prend un aspect insolite et se tient immobile, debout sur une jambe, un bras dans le dos et fermant un oeil.

L'action magique de cette posture est appelée corrguinecht ou « sorcellerie de la grue ».

 

Dans la naissance de Oengus, Boand (ou Boann, l'esprit de la rivière Boyne) est la femme d'Elcmar, un autre nom du dieu Ogme et qui est le frère du dieu Dagda. Celui-ci, désirant la belle Boand, éloigne son frère par un voyage à l’aide d’un sortilège. Il lui ôte le sens de l'espace et de la faim ainsi que la notion du temps. L’union du Dagda et de Boan, donne naissance à Oengus mais les neuf mois nécessaires à sa naissance paraissent comme un jour à  Elcmar qui revient de son voyage.

Boan quittant le palais suivra la rivière qui porte son nom et dans laquelle elle perdra un bras, une jambe et un œil.

 

Ce deuxième mythe peut sans doute nous aider à éclairer le geste de Lugh.

 

Bien entendu il ne s’agit pas de lire la naissance d’Oengus à un premier niveau de lecture, il ne s’agit en aucun cas d’une histoire de cocufiage et d’autopunition.

Si nous rapportons les personnages à des symboliques de fonction et de projection spirituelle, il en est tout autre chose.

Elcmar en tant que roi , est une projection du Je, voire du Soi des écoles psychanalitiques, il est en tous cas une projection vers le temporel, l’action, la mise en œuvre d’un potentiel, qui se trouve stagnant dans la matrice de la déesse. Lorsque ce roi ne provoque pas la mise en œuvre de ce potentiel de vie, alors la magie, la volonté divine, le destin, par le biais d’une magie, forcera ce rôle (Merlin dans la naissance d’Arthur). Il en est de même dans nos vies lorsque nous rencontrons des situations que nous cherchions à fuir et qu’il semble bien que nous devions résoudre.

La matrice fécondée, pourra alors mettre en œuvre, porter à la vie son fruit.

Et c’est bien ce qui se passe lorsque Boan, « crée » la rivière Boyne.

Le fait d’y perdre un bras, une jambe et un œil symbolise d’un coté la réalité de chaque naissance engendre une séparation (le nouveau né est coupé du ventre de sa mère et de nombreuses mères pourront témoigner du baby blues etc.).

Mais aussi que la mise en œuvre vitale se nourrit de primordial. Le bras, la jambe, l’œil permettent d’avancer, d’aller plus loin, de tendre le bras, de regarder au devant, d’aller plus loin. Il s’agit d’un acte initiatique comme la vie nous en propose à chacun de ses virages, nous y perdons de nous, une part de nous- même, mais enfin nous avançons. Devenant autre.

 

C’est sans aucun doute une des plus grandes magies à laquelle il est possible de faire appel, car elle demande courage et sagesse. Lugh, dieu polytechnicien sait qu’en occultant physiquement (consciemment) les forces disponibles par son œil, sa jambe et son bras il les rend disponibles dans le monde inconscient et par la même magique.

 

Par Duir
Dimanche 17 mai 2009



En parfait écho à mon article New Age, Religion du livre, Opposés similaires, je ne résiste pas à vous recopier un extrait de Maslow / L’accomplissement de Soi / éditions Eyrolles p 89/62 / qui reflète parfaitement mon analyse. A la manière de Maslow, inégalable !

 

 

[…] la plupart des individus pensent de manière atomiste, en terme de « et – ou », noir blanc, tout ou rien, d’exclusion de l’un de par l’autre.[…]

Le meilleur moyen de semble t-il de mettre le lecteur en garde contre les dangers de la polarisation et de la pensée binaire est de convoquer l’histoire. J’observe dans l’histoire de nombreuses religions organisées la même tendance à développer deux fractions extrêmes : l’aile « mystique » et individuelle d’une part et de l’autre l’aile légaliste et dogmatique. L’individu profondément et authentiquement croyant intègre facilement et naturellement ces dimensions. Les formes, rituels, cérémonies et formules verbales dans lesquels il a été élevé restent pour lui enraciné dans l’expérience, porteurs de symboles, archétypaux, unifiés. Un tel individu pourra bien se prêter aux mêmes gestes et aux mêmes comportements que ses coreligionnaires plus nombreux, il n’en est jamais réduit à la seule dimension comportementale, contrairement à la plupart. La majorité des gens perdent et oublis l’expérience religieuse personnelle et redéfinissent la Religion comme un ensemble d’habitudes, de comportements, de dogmes, de formes qui a l’extrême, deviennent entièrement légalistes et bureaucratiques, conventionnels, vides et anti religieux, au sens le plus vrai du terme. L’expérience mystique, l’illumination, l’éveil, aussi bien que le prophète charismatique qui a tout commencé, sont oubliés, perdus ou transformés en leurs contraires. Alors la religion organisée, les églises, deviennent les principaux ennemis de l’expérience religieuse et de l’authentique expérience



[…]



Mais à l’autre bord, l’aile mystique (ou expérientielle) a aussi ses pièges […]

De même que le type le plus apollonien peut sombrer dans l’excès du « tout comportemental », de même le type mystique cour t-il le risque d’être réduit au « tout comportemental ». Tout à la joie et à l’émerveillement de ses extases et de ses expériences paroxysmiques, il peut avoir la tentation de les rechercher, ad hoc ; renonçant à tout autre critère de bien ou de mal, il y voit les bienfaits les plus élevés, sinon les seuls, de la vie. Obnubilé par ces merveilleuses expériences subjectives, le danger le guette de se détourner du monde et des autres sans sa quête de catalyseurs de l’expérience paroxysmique, de n’importe quel catalyseur. La plongée temporaire en soi –même, la quête intérieure sont remplacer par une démarche purement égoïste ; l’individu ne recherche plus rien que son salut personnel, essayant de rentrer « au paradis » même si les autres ne le peuvent pas, pour finalement peut-être même utiliser les autres comme des catalyseurs, des moyens d’atteindre son seul objectif d’états supérieurs de la conscience. On l’aura deviné, il ne devient pas seulement égoïste,  mais aussi malfaisant. Mon sentiment, de ce que m’a appris l’histoire du mysticisme, est que ce penchant peut parfois déboucher sur la méchanceté, la malveillance, la perte de toute compassion ou même à l’extrême, le sadisme.

Un autre traquenard sur le chemin des mystiques tout au long de l’histoire a été le danger de l’escalade des catalyseurs, si je puis m’exprimer ainsi. C'est-à-dire que les stimuli de plus en plus forts sont nécessaires pour produire la même réponse. Si le seul bienfait de la vie devient l’expérience paroxysmique et si tous les moyens vers cette fin deviennent bons, et s’il vaut mieux plus d’expériences paroxysmiques que moins, alors l’individu peut forcer le résultat, le provoquer, se démener, les traquer et se battre pour elles. C’est ainsi que les mystiques ont souvent franchi le pas de la magie, du secret et de l’ésotérisme, de l’exotisme, de l’occulte, du théâtral et de l’outrancier, du dangereux, du sectaire. Une saine ouverture au mystère, la reconnaissance réaliste et humble que nous ne savons pas grand-chose, l’acceptation modeste et pleine de gratitude de la grâce gratuite et de la chance toute nue- tout cela peut disparaitre et se fondre dans l’anti rationnel, l’anti scientifique, l’anti verbal, l’anti conceptuel. L’expérience paroxysmique sera alors exaltée, comme la meilleure ou même la seule voie vers la connaissance et des lors, toute tentative de validation de l’illumination sera vaine.

La possibilité que les voix intérieures, les révélations soient erronées, cette leçon de l’histoire qui devrait pourtant être dit haut et fort, est exclue et il n’y a pas moyen de déterminée si ces voix sont celles du bien ou du mal. La spontanéité (les impulsions de notre meilleur moi) est confondue avec l’impulsivité et la démonstrabilité (impulsions de notre moi malade) et comment alors les différencier ?

L’impatience (et en particulier celle, chronique de la jeunesse) dicte des raccourcis de toutes sortes. […]. La révélation devient « tout » et le travail de cheminement patient et discipliné est repoussé à plus tard ou dénigré. Au lieu de l’émerveillement, l’excitation est programmée, promise, annoncée, vendue, artificiellement provoquée, et on en vient à la considérer comme une vulgaire marchandise

 

 

Par Duir
Samedi 9 mai 2009
Par Duir
Dimanche 26 avril 2009

L’époque moderne, contenu dans l’espace temps depuis les années 60 draine avec elle non pas une nouvelle conception de la spiritualité, mais deux mouvances très claires.

Nous avons d’un coté, contrairement à toutes les prévisions qui avaient pu être faites, un regain des croyances dures, extrêmes voire intégristes des religions du livre. Nous pouvons constater sur les 30 dernières années une évolution (sic) très nette d’au moins deux de ces religions.

Nous ne pouvons pas considérer cela comme un retour aux sources traditionnelles dans la mesure où aucune de ces pratiques ne semblent avoir de lien avec leurs pratiques originelles. Il s’agit plutôt d’un regain de contrainte, un besoin de cadre strict et intransigeant. A la lumière de l’histoire il s’agit d’un regain de l’approche la plus dogmatique apparue à travers le temps et l’évolution quasi sectaire de leurs pratiques.

Cette réaction est cependant d’une cohérence absolue face à la peur inconsciente et légitime éprouvée par la psyché humaine devant la déferlante des cultures individualistes, qui depuis les années 60 ont développé un individualisme forcené (mondialisation), proche d’un intégrisme individuel. Le « Je » tout puissant.

C’est une loi de la nature que de développer face à l’extrême des énergies opposées et contradictoires. C’est une sorte d’auto régularisation de la masse.

Les grands mouvements hippies des années 60 ne purent voir le jour qu’en réaction aux extrêmes puritains et sectaires de leurs prédécesseurs. La guerre du Viet Nam, la course consumériste, les manipulations mentales et morales ont donné jour à cette rébellion par la douceur. Il s’agissait de se libérer du carcan emprisonnant les âmes.

De fait, à l’extrême, l’évolution (sic) vers  le New Age représente l’autre versant de notre paysage contemporain. Ce new âge quel est-il ?

Il est pour une fois parfaitement bien amené sur les pages de Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/New_Age dans sa description parfaite d’une approche individuelle, où chacun fait « sa pratique ». Cet extrême peut laisser dubitatif, dans l’utilisation anachronique du mot tradition. Là où le mot tradition englobe une filiation dans le temps et la communauté, le New Age signifie tout simplement pratique personnelle.

Il suffit de parcourir les blogs et autres sites du genre pour s’apercevoir de ce foisonnement hétéroclite (éclectique) de pratiques personnelles. Le néo paganisme est parfaitement inscrit dans cette mouvance new âge avec la simple particularité d’inclure dans ses références les signes européens des anciennes croyances, tout en gardant ceux hérités des premiers pionniers de ces mouvements (Indouisme, Bouddhisme, Taôisme etc.).

Jamais nous ne fûmes tant éloignés des pratiques traditionnelles pre-chrétiennes, en ce sens qu’il est nécessaire pour retrouver l’essence même de ces vieilles croyances, qu’elles soient incluse au sein d’une communauté, dans un cadre structuré, qui s’il est très différent des églises du livre est cependant parfaitement défini.

Il n’est pas de Chamane qui ne soit dans une communauté, ni de Prêtre(sse) qui ne soit le représentant sacerdotal de sa culture. Le Sorcier(e) se trouve à l’étape intermédiaire entre les sociétés primitives et le rejet de leurs représentants de nos sociétés clivées.

 

L’époque ne semble plus tenir compte du besoin psychique humain, de se sentir un et unique au sein d’un ensemble. En quelque sorte nous aurions oublié que l’homme ressemble au loup éprouvant un besoin vital de se sentir appartenir à une meute, d’y avoir « sa » place. N’avons-nous pas refoulé, rejeté, occulté volontairement cette réalité ?

Le sens communautaire, la réalité tribale perdus nous laisse vaquer tels des électrons fous et non pas libres.

Les pratiques les plus anciennes avaient parfaitement compris cela. La psyché égarée, voire angoissée se projette à l’extrême et recherche les cadres les plus durs, les plus aptes à contrebalancer le flou générateur d’anxiété. Ou bien, trop brimée, engoncée, elle dérive et se laisse glisser vers un souffle ballotté.  L’histoire religieuse en est la preuve constante.

 

Le mot  pour l’un désigne le dogme auquel chacun adhère sans en comprendre le sens, quand pour l’autre il prend un sens personnel rendant impossible toute communication, tout échange, le sens étant perdu pour l’ensemble. Deux pôles extrêmes qui aboutissent tous deux à une même réalité, la négation de l’être.

 

Tel le vol de l’aigle, planant haut dans les cieux, nous pourrions regarder la masse humaine se débattre dans ses égarements et conclure. Nous sommes loin des renaissances et des nouvelles ères. Nous sommes encore et toujours entrainés par des contrebalanciers contradictoires, cherchant désespérément ce troisième état, un peu l’un un peu l’autre, dansant sur le fil de la vie, ce troisième état, qui s’il n’est ni bien ni mal, permettrait à chacun de se sentir vivant auprès des siens, de la tribu des humains.


(photo extraite du site http://fr.wikipedia.org/wiki/New_Age ) 

Par Duir
Lundi 2 mars 2009



Les images numineuses anciennes concernant la mort et l’amour sont souvent les deux faces d’une même  Déesse.  Transcendant la notion du temps et basculant dans la loi cyclique de l’éternel retour, Elles sont tout à la fois mères d’un amour infini, de la magie du monde tel qu’il nous échappe, tout autant que son acte de mort. Morrigane est de celles là, ombre noire, elle envoie les corbeaux sur les champs de bataille, lançant leurs hauts cris comme annonce de son passage. Mais Morrigane est aussi celle qui séduit le Dagda, qui lance ses charmes, et telle la Morgane, son avatar édulcoré, elle porte en elle la puissance de cet amour fou qui perd les amants pour mieux les accrocher au flambeau de la vie.
Cette ombre noire qui tombe, morte, au départ de son fils Lancelot. C’est encore elle, tellement porteuse  qu’elle offre sa propre mort à la réalité vivante de ceux qu’elle promet à la vie. Nous retrouvons ce geste de don total, de mort , métamorphose d'une Déesse amoureuse et mère, cette fonte de soi dans le magma vibrant, vivant, par le démembrement de Boan, au cours de la Rivière du même nom.
Il ne s’agit pas d’un amour pensé, mais d’un amour terrible...


Freya du Nord porte aussi ces attributs de magie, d'amour et de mort.

Il s’agit de la force du féminin, celui qui porte le lien secret transcendant la vie et y rattachant la mort.
C'est par reflet ce chant de vieille à la veillée d’un loup mort, le ramenant à la vie (Femmes qui courent avec les loups de Clarissa Pinkola Estes).


Cette vision de la mort, de l’amour n’est pas le fruit d’une projection primitive incomplète, mais le reflet exact d’un archétype flamboyant. Nous pouvons en frôler la véracité lorsque confrontés à la mort nous sombrons à la fois dans le chagrin le plus terrifiant et en même temps fond sur notre âme une éternelle paix, l’expérience d’un amour au-delà de l’espace et du temps. C’est un peu comme si à cet instant, un grand oiseau de nuit portait ses ailes noires tout autour de notre être, dans un sanglot sans fin, mais dans le voile que pose cette ombre se trouve, une douceur, une tendresse, une beauté indicible, un amour pour de vrai.

 

Par Duir
Lundi 2 février 2009





(Peinture Oonagh)



Toutes les croyances accordent un esprit particulier aux montagnes. Elles sont les lieux sacrés où vivent les esprits, les Dieux. Il n’est pas de région montagneuse sans son pic dédié à quelques divinités fortes et éternelles. Souvent même ces esprits ont traversé des temps religieusement ravageurs. C’est ainsi que dans des endroits profondément christianisés les monts gardent encore les esprits, les secrets, les légendes. Que ce soit la Maladetta dans les Pyrénées ou du Menez Bré en Bretagne, le mont dodu ou pointu de la terre tient un rôle particulier et quasi similaire.

La montagne porte haute et fière le flambeau d’un esprit sacré, mais reste aussi gardienne de la mémoire, elle est en quelque sorte une sorte de jardin secret où se murmurent encore les chants de la terre.

Il est souvent dit que ce fait tient à sa forme elle-même qui pointe vers le ciel. Mais plus encore devons nous prendre en compte le fait qu’elle est de la – terre – qui pointe vers le ciel. En quelque sorte elle est la force terrienne, la force matricielle, la réalité matière reliant la forces telluriques aux énergies du ciel Elle lie, elle tisse, elle cherche la jonction, elle est une amoureuse. Ses cimes vont au plus haut et par ce fait touchent à des magies qui passent bien au dessus de nos têtes. Mais sa base est profondément ancrée dans la terre, ramifiée aux sources du monde et en possède tous les secrets.

Si la mer possède le lien profond avec notre inconscient, portant les vagues de sa force toujours au flux des marées vivifiantes, la montagne, sans bouger, pose sa robe brune, aux coins de notre ancestral héritage.

Elle garde concrètement, et sans aucun doute mieux que toutes autres régions, cet héritage. Le simple fait d’être difficilement accessible lui confére cet état de gardienne. Aujourd’hui les régions montagneuses sont encore préservées de notre envahissante modernité et il est des « recoins » où même l’homme s’aventure difficilement. Refuge des bêtes sauvages et des plantes en deuil, ces espaces regorgent d’analogies à nos propres espaces intérieurs, sauvages et perdus pour nos conscients analytiques. Il faut faire un effort pour accéder à ces cimes mais tout autant pour parvenir à ces grottes égarées, oubliées.

C’est de cette manière que l’esprit lui aussi y murmure toujours, car le bruit de nos villes n’y accèdent pas facilement. Les légendes y sont vivaces et le nom des Dieu qui les habitent tout autant. Les « Seins de Danu » en Irlande, le Dieu soleil du mont Dore, sont autant de mémoires préservées.

Là où la mer détient les secrets de notre devenir, la montagne garde précieusement les savoirs d’autrefois, c’est ainsi qu’elle couvre ses pentes de bois, de cailloux, de torrents, de fleurs, de prairie, de cime de pierre, de neiges éternelles. Elle est à elle seule tout un monde, un reflet de notre réalité dans son ensemble, un microcosme du monde.

Historiquement c’est aussi et toujours dans les montagnes que se refugient les poursuivis. Nous pensons très vite aux Cathares, mais pourquoi pas à ces « Dames Blanches » issues d’un peuple étrange, légendaire ou réel qui se mura dans le secret des ces alcôves.

Aujourd’hui encore elles sont le théâtre de la résurgence de nos instincts les plus profonds, les plus naturels, le retour du loup et de l’ours se font dans ses plis protecteurs, et ce signe de souffle sauvage ne peut représenter que la vivante réalité des aspects les plus sains de la nature, de notre nature. En quelque sorte nous pourrions dire que la montagne est la gardienne du temple de notre réalité la plus naturelle, notre lien avec la primitive flamboyance, celle qui fait de nous des humains, des enfants de la terre.

 


Par Duir
Samedi 6 décembre 2008

Le culte des Ancêtres n’implique pas la seule référence à un ancêtre d’une époque. Il ne s’agit pas de faire offrande à nos ancêtres les Gaulois et d’occulter tous les autres. IL s’agit d’avoir conscience que les « Ancêtres » comprennent les hommes des cavernes, les Gaulois, mais aussi tous ceux qui les ont suivis et qui nous ont précédés, hommes du Moyen – Age, de la Renaissance, hommes de la Révolution, de la guerre de1870, 1914, 1940.. Sont Ancêtres tous nos morts, sans lesquels nous ne serions pas là, au bout d’une lignée d’humanité. Il est vrai que cette notion peut devenir difficile pour nous qui avons des Ancêtres à l’histoire mouvementée, et dont l’environnement change. N’oublions pas que les peuples, avant, ne cherchaient pas à évoluer, mais à faire aussi bien, ce qui fait que les longues lignées d’hommes qui se sont suivies ont fait et refait les mêmes gestes, les mêmes prières, avaient les mêmes croyances durant des millénaires. Quand un Inuit dit « Ancêtre » nous voyons simplement un  « Inuit ». Il en est autrement aujourd’hui où nous faisons la course au plus, au vite, au soit disant mieux, nos ancêtres intègrent cette ronde, mais par conséquent nous devons faire avec cela. Ces Ancêtres sont en quelque sorte notre inconscient collectif et leurs actes, comme leurs haines ou leurs amours pèsent lourdement sur  notre présent.

 

Ceux là ont pour nom Ancêtre du sang, ils sont nos ancêtres de vie, ceux qui nous ont sexuellement (et parfois amoureusement) générés.

Les Ancêtres de la tribu, de la communauté, sont du même ordre.

On les vénère, on leur  fait des demandes, car ils peuvent nous conseiller et nous aider.

Certains Chamans disent ancêtres les esprits qui les chevauchent, voire connaissent même leur nom et leur histoire.

 

Mais il est d’autres ancêtres, que nous devons prendre en compte.

Les Ancêtres du Sol. Nous qui voyageons beaucoup, partons à la rencontre des paysages et des peuples étrangers. Nous oublions que parallèlement nous pouvons être confrontés aux Ancêtres du sol, ceux qui vécurent là, qui sont imprégnés dans le paysage, y sont enterrés. Un espace comme Verdun, où affleurent encore les larmes de feu des « poilus », est un exemple parfait de lieu où se rencontrent les Ancêtres du Sol.

Les Ancêtres du sol, sont souvent enterrés dans la terre où ils ont vécu et qui nous nourrie.

 

Puis suivant nos orientations personnelles nous avons des Ancêtres Spirituels. Pour un artisan, cela peut - être les Ancêtres de l’Art,  pour un Druide cela peut être les Druides antiques, pour un soldat,  les Guerriers.

 

A la jonction des Ancêtres et de notre présent, ce trouve les vieux, les ainés. Dans toutes les traditions anciennes qui pratiquent le culte des Ancêtres, les Vieux, les Aines ont une place particulière puisqu’ils sont en passe de devenir des Ancêtres. Les Vieux sont sensés avoir une certaine sagesse, qu’ils semblent avoir perdu, mais conscient du rôle de conseiller qui lui est imparti l’humain se prépare à sa vieillesse avec une toute autre idée que celle que nous avons aujourd’hui. Aujourd’hui nous cherchons à devenir des vieux, jeunes, ou nous laissons devenir des vieux cons au lieu de vouloir devenir des vieux sages.  Cependant, avec conscience de cette responsabilité les vieux retrouvent cette place particulière. Ils sont dans ce cas guides et conseillers. On ne leur demande pas d’écouter du Rap ou de se mettre sur FaceBook, on attend plutôt leur avis et leurs conseils. Ils ne sont pas rejetés ou moqués, mais au contraire grandement respectés.

 

 

 

Que ce soit le rapport aux Ancêtres ou aux Ainés, il est aisé de comprendre qu’ils sont la part exprimée de toutes ces ombres et inconscience que la psychanalyse connaît bien. Il ne s’agit pas exactement de l’esprit d’une personne morte, d’un fantôme tel que nous le concevons dans nos superstitions dégénératives. Boris Cyrulnik [1]aborde parfaitement cet échange et parle encore de « fantômes », ces réelles émotions et cryptes que nous gardons comme de lourdes (ou de merveilles) valises au long de notre vie et que nous donnons en héritage  à nos descendants, souvent sans même nous en rendre compte.

A ce titre, la célébration et le culte des Ancêtres propose deux choses parfaitement compatibles. La première est l’héritage accepté, inconscient et donc très efficace de tous ce qui est à prendre de nos Ancêtres, les bons conseils, les bonnes aides. Les prières et les pensées de respect, d’amour et de mémoire, sont autant de thérapies. La deuxième s’agit de guérir le passé !

Ce phénomène est bien connu dans les traumatismes de masse, comme un génocide qui doit être reconnu pour être pardonné. Le devoir de mémoire est une expression du Culte des Ancêtres, un tantinet aseptisé mais contribuant à la génération de notre avenir délesté du poids des maux, enrichi d’un savoir. A nous de retrouver le fil de notre histoire, personnelle,  communautaire, humaine, de la célébrer sans la juger. Nous retrouverons alors le respect de ceux qui nous ont précédés, qu’ils soient du sang, du sol ou de l’âme, la joie d’être vivants, ce qui semble nous faire  bien défaut aujourd’hui.

 

 

 



[1] Boris Cyrulnik, Le Murmure des Fantômes »

Par Duir
Samedi 6 décembre 2008
 

Un pèlerinage est un voyage effectué par un croyant vers un lieu de dévotion, vers un endroit tenu pour sacré selon sa religion. Le mot pèlerinage vient du latin peregrinatio et signifie voyage à l'étranger ou séjour à l'étranger.

Selon les origines étymologiques, le pèlerin est l'expatrié ou l'exilé. Il est partout un étranger inconnu des hommes et privé du secours d'une collectivité. Le déplacement des hommes et des femmes, généralement à pied, vers des lieux où ils entrent en contact avec le sacré est une pratique qui apparaît dans de très nombreuses cultures jusqu'à nos jours. Le pèlerinage est un phénomène quasi universel de l'anthropologie religieuse. Le pèlerin rencontre le surnaturel en un lieu précis où il participe à une réalité autre que la réalité profane.

Le pèlerinage est aussi une importante source de revenus pour l'industrie du tourisme.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Pelerinage

 

Voila qui est édifiant : importante source de revenus pour l’industrie du tourisme !

Il semble effectivement, du moins déjà au  Moyen Age que les Lieux Saints aient été des hauts lieux de source de revenus. Le lieu par contre n’est pas forcement à l’étranger puisqu’il peut se trouver sur la même commune que celle où nous vivons, mais il nécessite toujours un déplacement, un effort.

Cette notion de déplacement est importante, il doit être envisagé, préparer, intériorisé afin de ne pas simplement être une BA, un geste automatique et sans répercussion profonde.

Il s’agit encore une fois d’un retour aux sources, ou de quête de Soi même, en tous cas de rencontre avec une autre réalité. Il s’agit bien d’un acte religieux.

Sont caractéristiques, de prendre le temps (on préfère marcher à pied) et on quitte pour un temps sa communauté protectrice, on se retrouve seul face à son chemin. Voila un des traits particuliers de tous pèlerinages.

Le lieu où l’on va est important, il est choisi en fonction de sa foi.

Le pèlerinage est nécessaire à l’âme croyante tout comme aux communautés qui les couvent. Le tracés sacré emprunté par l’un ne peut que rejaillir sur sa communauté, d’ans l’esprit ancien qui savait lier les hommes.

 

Dans la dynamique de mondialisation qui est celle de notre époque, mondialisation économique mais aussi spirituelle,  où l’importance du Soi est si grande que nous nous sommes coupés des Dieux, les pèlerinages sur les lieux sacrés devraient tendres à disparaître.
Hors il n’en est rien,  les humains continuent à se déplacer en masse (en avion même) sur les sites sacrés de leurs ancêtres. Vieux reflexes, instinct ?

Partir sur un lieu sacré est un acte magique qui permet à notre âme de se retrouver, mais aussi de recoller à son histoire, à sa culture, à son origine. On sait que d’autres avant nous ont fait ce geste, le continuer est une sorte de survivance d’un lien traditionnel. Cela nourrit la croyance, renforce le lien, fait chanter la terre. C’est une rencontre spirituelle entre un lieu et une âme.

 

Il existe cependant un problème  aujourd’hui : nous sommes bien trop nombreux à nous jeter sur les chemins des pèlerinages que les lieux sacrés finissent par en être comme saturés. Pire nous les couvrons de bâtiments, bref nous agissons comme d’habitude en conquérants et non en amitiés.

La preuve en est de l’état d’un espace tel que Carnac, qui doit pour être protégé, s’interdit à nos pas. Regardons  autour des dolmens et autres menhirs, les crottes, les papiers jetés. Que dire de Stonehenge envahi par des foules « païennes », montant sur les pierres sans plus aucun respect du travail effectué pour les tenir là, droite ?

Il est paradoxal mais réel que ce sont nos propres pèlerinages qui mettent nos lieux sacrés en péril.

La forêt de Brocéliande, lieux sacré « moderne »  en est un autre exemple révélateur. Si le sens religieux n’est pas forcement mis en avant, il s’agit toujours d’un intérêt pour le mystère, le rêve et l’imagination, certains y vont pour le folklore. Mais d’autres y vont pour leurs prières. L’ensemble forme grande foule qui piétine allégrement et sans vergogne les sites les plus accessibles. Tout comme la fontaine de Barenton, assaillie, dont les arbres harassés  laissent émerger leurs racines de la terre lasse.

 

Faudra t-il parquer Brocéliande comme Carnac ?

 

.. Je pense aussi à une sculpture dans la pierre dans l’est de la France qui a été saccagée, bien qu’elle se trouve hors des sentiers battus …..

 

Nos lieux sacrés ne sont –ils pas devenus des animaux en voie de disparition, méritant que l’on se penche sur l’interdiction de leur destruction par notre trop grande volonté de les « avoir » ? Au même titre que le loup, l’ours ou le lynx ne méritent-ils pas qu’on les taxe d’espèce à protéger ?

 

De la même manière que nous nous insurgeons lorsque se lèvent des projets de routes à travers nos Pierres, ne devrions nous pas réaliser que nos propres présences, nos pas, nos irrévérences finissent par devenir une pollution toute aussi dramatique ?

 

Devons nous aménager, bétonner ou interdire ?

 

N’y a-t-il pas une solution autre ? Nous qui savons marcher sur la lune ne pourrions nous pas trouver l’idée pour continuer à accéder à nos sites sacrés sans les saloper ? Ou pouvons- nous trouver dans les vieilles approches une manière de faire qui respecte et notre besoin de pèlerinage et l’intégrité du lieu ?

 

Nous n’avons pas de réponse à donner même si quelques idées nous sont propres. Quoiqu’il en soit un espace sacré ne s’approche que dans le silence, et dans le respect. C’est autour que nous devons tourner et ne pas grimper dessus. Les lieux sacrés n’appartiennent à personne et encore moins à quelques allumés qui s’en font les gardiens des secrets mystiques.

 

Cette réflexion se doit être menée seul, face à soi même lorsque nous empruntons les chemins de quelques voies sacrées. Doit-on suivre les ornières, ou passer son chemin et dévier un peu ? Doit-on hurler au loup en jetant ses poubelles ou prendre son bâton et marcher devant soi ? Et qu’est ce qui est sacré, l’esprit qui nous lie ou qu’on nous prenne en photo sur le mont de Belen, protéger notre Terre y compris de nous même ou dire j’y étais ?

 

 

Par Duir
Vendredi 5 décembre 2008

 

 

Tous ou presque avons un jour regardé notre horoscopes, constatant la distance et l’irréalité de ces prédictions. Tous avons un jour dit que l’astrologie c’est les étoiles qui influencent notre vie et vérifier les distances réelles entre ce que disent les astres et ce que nous vivons.

Tous nous agissons à nos contemporaines habitudes, vite, pétris de croyances nourries de sciences qui se mesurent à l’éprouvette.

 

Mais tout cela n’est qu’ignorance de la science astrologique.

 

L’astrologie fut une science reconnue et très importante pendant des milliers d’années, ce n’est que depuis quelques centaines d’années qu’elle est reléguée aux bûchers inquisitoires de nos biens pensants qui ne se donnent même pas la peine d’aller voir exactement de quoi il en retourne.

A leur décharge nous pouvons dire que beaucoup ne leur montreraient qu’un visage risible et loufoque de cet art primordial. Il faut admettre que de nombreux clowns se targuent de faire de l’astrologie. Il suffit aujourd’hui de lire trois livres traitant de la matière pour se propulser « grand mage spécialiste». Ce problème n’est pas spécifique à l’astrologie.

 

Mais si l’on se penche un peu sur la réalité des choses nous pouvons être stupéfaits de sa fiabilité, encore faut-il savoir définir ce qu’est réellement l’astrologie.

 

Premièrement  les Astres ne dirigent pas la vie des hommes !

La danse des étoiles nous montre les énergies qui sont en place à un instant donné et auxquelles réagit le « cosmos » dans son ensemble, inclus les hommes, inclues les planètes. Nous pourrions presque prédire les mouvements des étoiles en regardant ce qui se passe sur la terre.

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.

Les astres ne dirigent pas le monde ! Ils ne sont pour nous qu’une lecture symbolique d’une réalité physique astronomique. Aujourd’hui les astrologues travaillent avec les éphémérides réalisées par les astronomes, deux mondes qui ne se côtoient plus mais qui ancestralement pesaient sur les mêmes esprits pensants. Tous les peuples antiques ont pratiqué l’astrologie et par conséquent ont pratiqué l’astronomie, les deux sciences étaient en général pratiquées par la même personne.

L’astrologie est l’Art de lire la symbolique des énergies matérialisées par les étoiles et de les interpréter de manière analogique en les projetant sur la psyché humaine.

Rejeter l’Astrologie c’est rejeter la réalité des Archétypes, du sens du Symbole, de la réalité des rêves et des lois de l’inconscient.

 

L’Astrologie a été différemment désigné suivant le lieu de sa pratique, l’astrologie chinoise, aztèque, égyptienne. Cela n’est pas incohérent, car l’énergie en présence se matérialise différemment suivant le contexte, le lieu, je dirais « l’esprit du lieu »

Je pense souvent à cet homme fort surpris de supporter les bombardements de Berlin alors que son ciel montrait un magnifique aspect de protection. Il possédait en effet à ce moment là un aspect prédisant la grande chance, la belle réussite. Il ne comprenait pas qu’en lieu de paix cela lui aurait porté la fortune, mais qu’ici et maintenant cela le protégeait de souffrances auxquelles il a réchappé. C’est notre jugement et notre système de valeur qui est souvent à réajuster.

L’interprétation est très difficile et très subtile. Nous nous basons sur « les livres » et des travaux antérieurs, alors que nous devrions réajuster à notre monde contemporain.

On pourrait dire que celui qui vit dans la nuit peut-être autrefois un emprisonné, et aujourd’hui travaille dans une pièce obscure. Là intervient tout l’art de l’astrologue, qui doit tenir compte des réalités du moments, du lieu et de l’écosystème familial, économique et social de la personne.

 

Nous avons gardé les termes Greco - romains, c’est avant tout par commodité de langage. Une sorte de convention, comme le latin pour les plantes permet un échange international. Mais gardons nous de ne prêter les seules énergies des dieux de l’Olympe. La notion jupitérienne va se matérialiser différemment en Inde ou au Pérou, mais elle sera toujours signée d’un « sens ».

 

Le thème est unique comme la personne, en effet l’Ascendant change toutes les 4 secondes ! Alors même nés au même endroit, au même moment, il est difficile de naître à la même seconde. Sans compter que comme la position géographique, la réalité familiale va orienter d’une façon ou d’une autre les énergies en présence.

Nous avons tous les mêmes énergies, c'est-à-dire que nous avons tous 10 planètes en 12 signes, mais aucun d’entre nous ne va les utiliser de la même manière.

Belle leçon d’humilité et d’empathie que de savoir lire le thème d’une personne, car il permet de lire ses pulsions les plus profondes, ses réalités les plus inconscientes.

Cela certifie cependant, que l’horoscope qui s’adresse, à tous, ne peut convenir à chacun.

 

L’Astrologie est comme la météo de l’âme, sous la pluie, certains mettront un chapeau, d’autres prendront un parapluie, d’autres encore sortiront tête nue et braveront la tempête.

Elle permet de comprendre les plus profondes réalités de l’être mais aussi ses tendances et le temps qu’il fera dans les années de sa vie. La lecture peut être si précise que l’on peut rester subjugué par sa précision.

 

S’il faut des années d’apprentissage pour faire une pratique valable il est assez lisible que nos temps sont difficiles et que ce n’est pas encore fini. La grande opposition Saturne Uranus démontre un essai de rééquilibrage entre le lent et le rapide, l’ancien et le nouveau, le vieux et le moderne, que nous ne semblons pas prêts à envisager d’une manière sage et tranquille.

 

Par Duir
Vendredi 5 décembre 2008

Certains ont pu faire l’expérience de la solitude extrême, de ces moments de vie où tout semble balayé d’un coup de tonnerre et où il ne reste plus que l’écho de notre seule voix.

 

La première réaction serait de se poser en victime, en cherchant ce que nous avons bien pu faire « de mal » pour mériter ce « châtiment ».

 

A la lumière d’une pensée primitive, il pourrait être possible de prendre un peu de recul et d’éloigner de soi ces réactions épidermiques et comportementales issues d’une culture dualiste qui nous colle à la peau.

 

Il est des périodes d’hiver et de nuit, où chaque chose devant mourir se sent emportée par les ailes des Déesses brunes, les terres dévoreuses, les ailes dévorantes. Cela fait partie de la nature des choses, d’être amenée , un jour, à muter, mourir, affronter ce que nous affrontons toujours seul : la mort. Car ces moments de tempêtes ne sont rien d’autres que des morts, non seulement symboliques, mais des morts qui si elles ne sont pas physiques emportent tout en pan de soi même.

Nous voilà en pleine réalité initiatrice.

Chaque chaman pourra attester de ce passage obligé, de mort, de deuil vécu, seul.

 

Vu sous cet angle l’extrême solitude prend une toute autre dimension et les exclusions de la vie une intéressante perspective.

 

Ces moments de solitude extrême peuvent d’autres part être comparés à l’individuation, chère à Jung, preuve de notre réalisation, de notre matérialisation et de la rencontre avec Soi même. Le parallèle spirituel est évident, l’intérêt qui s’en échappe tout autant.

 

Au lieu de nous conforter aux critères de jugement et de valeur du plus grand nombre, il devient intéressant de sortir des chemins battus, où d’autres clés vont être ainsi accessibles. Ce clivage permet de retrouver certains phénomènes primitifs, prise de conscience de réalités naturelles.

Il ouvre le constat des alliances et des groupuscules. La nature apparaît dans toute sa réalité d’assembler ce qui peut être rassemblé. Ou comme dit le dicton populaire « qui se ressemble s’assemble ». Il est particulièrement intéressant de vérifier que lentement mais sûrement les choses ont pris des places qui sont leurs « bonnes » places. Il peut s’en suivre une véritable libération, soulagement de ne se sentir aucune appartenance dans ce ici et maintenant, quand il est l’antithèse de tout ce à quoi nous aspirons. Les « gens »  se trouvent finalement en accordance.

 

Cette prise de distance va aussi, ouvrir un angle de vue particulier et nous laisser voir aussi tous ceux qui se sentent – seuls – (exclus ?) – parce que différents, parce que ne rentrant dans aucun moule, ne trouvant pas leur place dans le monde d’aujourd’hui, (et pour cause !). Ils cherchent d’autres rives, d’autres vérités, d’autres systèmes de valeur. (Font-ils peur ?). Ce n’est donc pas une solitude mais l’opportunité de se retrouver autrement,  profondément soi. Mais pas seul.

Cet ensemble de solitudes forme une sorte de cercle, une danse qui finalement montre un ensemble d’âmes qui arpentent les mêmes chemins.

D’autres part, cette solitude, permet d’approfondir d’autres niveaux de reliance, comme la complicité joyeuse de la nature et ses différents règnes.

 

Nous pouvons le voir, nous avons alors approché ce que nos vieux savaient parfaitement, l’interdépendance des hommes et la solitude nécessaire à toute rencontre avec Soi et avec la réalité du monde (Les quêtes de vision, les rites de voyages qui « forment la jeunesse », les séjours solitaires au fond d’une forêt profonde, les moments de vie où tous nous tournent le dos …).

 

Sans parler d’éloignement volontaire, mais d’évènements concrets qui mettent en place cet état de solitude, il s’y trouve une perte, un arrachement, une lésion, une violence. Peut-être ce que l’on ressent lorsqu’on coupe notre cordon ombilical et que l’on se retrouve seul face au gouffre de la vie. Ainsi il parait évident que ces rejets, provoqués par ceux qui les considèrent comme une grande victoire, ne sont souvent la preuve que de leur ignorance des mystères de la vie.

 

Alors je pourrais dire, réjouissons – nous, si nous avons traversé ces espaces où le vent détruit tout sur son passage, nous laissant - visiblement seul - . Ce n’est que les souffles des Dieux qui écartent les brumes pour nous laisser mieux « voir ».

 

 

 

 

Par Duir

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