George Sand
Légendes rustiques
« Le paysan est, si l’on peut ainsi dire, le seul historien qui nous reste des temps
antéhistoriques. »
"Il faudrait trouver un nom à ce poème sans nom de la fabulosité ou merveillosité, dont les origines
remontent à l’apparition de l’homme sur la terre, et dont les versions, multipliées, à l’infini, sont l’expression de l’imagination poétique de tous les temps et de tous les peuples.
Le chapitre des légendes rustiques sur les esprits et les visions de nuit serait à lui seul, un ouvrage
immense. En quel coin de la terre pourrait-on se réfugier pour trouver l’imagination populaire (qui n’est jamais qu’une forme effacé ou altérée de quelconque souvenirs collectifs) à l’abri de ces
noires apparitions d’esprits malfaisants qui chassent devant eux les larves éplorées d’innombrables victimes ? Là ou règne la paix, la guerre, la peste ou le désespoir ont passé, terrible, à
une époque quelconque de l’histoire des hommes. Le blé qui pousse a le pied dans la chair humaine dont la poussière,a engraissé nos sillons. Tout est ruine, sang et débris sous nos pas, et le
monde fantastique qui enflamme ou stupéfie la cervelle du paysan est une histoire inédite des temps passés. Quand on veut remonter à la cause première des formes de sa fiction, on la trouve dans
quelques récits tronqués et défigurés, où rarement on peut découvrir un fait avéré et consacré par l’histoire officielle. "
[Les légendes du Berry ]
"Elles n’ont pas la grande poésie des chants bretons, où le génie et la foi de la vieille gaule ont
laissé des empreinte plus nettes que partout ailleurs. Chez nous les réminiscences sont plus vagues ou plus voilées."
"Cependant l’esprit gaulois a légué à toutes nos traditions rustiques de grands traits et une couleur
qui se rencontrent dans toute la France, un mélange de terreur et d’ironie, une bizarrerie d’invention extraordinaire jointe à un symbolisme naïf qui atteste le besoin du vrai moral au sein de la
fantaisie délirante."
"Le Berry couvert d’antiques débris des âges mystérieux, de tombelles, de dolmens, de menhirs, et de
mardelles, semble avoir conservé dans ses légendes, des souvenirs antérieurs au culte des Druides : peut-être celui des Dieux Kabyres que nos antiquaires placent avant l’apparition des
Kimris sur notre sol."