J’ai été une truite, j’ai été un daim,
J’ai été un sage, j’ai été un groin,
J’ai été une corne, j’ai été une laie
J’ai été un cri dans la bataille
J’ai été un torrent sauvage
J’ai été une vague le long du rivage
J’ai été une douce ondée
J’ai été un chat tacheté perché sur la fourche d’un arbre
J’ai été un cercle, j’ai été un visage
J’ai été une chèvre montée sur un vieil arbre.
Taliesin
Le Druide peut-il être un Chaman qui se trémousse dans une ronde de plume, avec des grelots aux chevilles, balancé par le
rythme de son tambour sacré, qui hurle comme les loups dans son dialogue avec les Esprits ? Le Druide peut- il être celui qui guette les réponses
seul au fond des bois et qui fait fuir la maladie avec sa poudre de perlimpinpin ? Soit, pour être Chaman il faut être un peu jaune et avoir les yeux bridés. A moins qu'une peau mate des Sud
Amériques ne fasse l'affaire. Pour être Chaman il faut être initié à coup de frayeur ou de champignons magiques. A moins que … les Esprits ne nous indiquent par le biais d'un rêve ou d'une
expérience particulière que ce jour là nous sommes devenus "Chaman". Nadia Stepanova (présidente des Chamans de Bouriati) va jusqu'à dire que
l'on ne devient pas Chaman mais que l'on "nait" Chaman (Le Cercle des Anciens par Patrice Van Eersel et Alain Grossey Ed le Livre de poche)
N'est-on pas en droit de ce demander quel est ce Druide qui connaît des arbres autre chose que leur famille de bois. Quel est
"ce Sage" qui préside aux peuples dont les enseignes sont des sangliers, des loups, des aigles ? Quel est ce savant qui connaît tout des plantes et des arbres qui marchent ? Quel ce
Merlin, ce « fou » ? Quel est celui qui dit :
Je suis le vent de la mer
Je suis une vague de la mer
Je suis une voix de la mer
Je suis un bœuf de sept combats
Je suis un faucon sur une falaise
Je suis une larme du soleil
Je suis une fée parmi les fleurs
Je suis un sanglier
Je suis un saumon dans un étang
Je suis un lac dans une plaine
Je suis ne colline de poésie
Je suis une flèche décochée pour la bataille
Je suis un Dieu qui met le feu à la tête
Qui, si ce n'est pas moi, peut révéler
Les secrets du dolmen de pierre brute ?
(Amorguen : naissance du chant )
Peut-être est-il possible aujourd’hui de prendre un peu de recul et au travers des nouvelles thèses concernant les peintures
des grottes paléolithiques, qui y voient des œuvres chamaniques, des nouvelles thèses sur l’origine des Celtes, qui en font non plus des émigrants conquérants mais des fils de la Terre, pouvons
nous entrevoir une autre vision d’un chamanisme vivant et imprégnant le sol de nos grottes des Trois Frères, aux Druides antiques, à nos jours égarés
entre passé incertain et futur flou.
Il n’est pas question ici de savoir qui a raison, ou qui a tort et je ne
répondrais à aucune réaction de ce type, il est simplement question d’ouvrir à la réflexion et dire « pourquoi pas, un peu de vrai, un peu de
faux ? ».
Le Chamanisme
Le chamanisme se retrouve dans toutes les contrées du monde et à l’aube de toutes les vies humaines que ce soit en Sibérie, en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique, en Australie, en Asie et en Europe. Il représente non pas une religion à proprement dit mais une pratique
spirituelle, dont il nous reste souvent des rites, des représentants, des signes irréfutables pour ceux qui savent entendre et voir.
« Le Chamanisme n'est pas, à proprement parler, une religion, mais un ensemble de méthodes extatiques et
thérapeutiques dont le but est d'obtenir le contact avec l'univers parallèle mais invisible des Esprits et l'appui de ces derniers dans la gestion des affaires humaines »
Dictionnaire des Religions de Eliade/Couliano ed Plon
Cette technique spirituelle nous attire, elle possède une influence magique comme un vieux souvenir, une part de notre vie à
laquelle elle fait écho, par ce qu’elle est ce qui est le plus magiquement relié au sol de notre mémoire, à la terre de nos ancêtres, aux os qui sont les nôtres.
Tout le monde connaît le mot, Chaman, Shaman, Chamanisme, pourtant il est bien difficile de définir exactement de quoi il
s’agit. On imagine ce personnage haut en couleur, armé de son tambour et de son masque, qui danse à s’en faire tourner la tête. Oui celui là (celle là) est Chamane, mais le chamanisme c’est aussi
et encore bien autre chose, des aubes de nos contrées gauloises aux portes de notre culture celte, druidique et contemporaine.
Le chamane est un personnage qui possède plusieurs pouvoirs, celui de voyager entre les mondes, oui, mais pas dans le seul
objectif de se faire plaisir, ni d’acquérir des pouvoirs. Non, un rôle lui est dévolu, je dirais même une mission, plusieurs missions :
Guérir
Changer le temps
Lire l’avenir
Contrôles des
migrations animales
Fécondité, chasse,
respect des cycles de la nature
Prévoir le futur
Et dans ce but il va rencontrer les esprits des animaux et des plantes, traverser les différents mondes de sa cosmologie
Pour ce faire il va apprendre à voyager entre ces différents mondes qui sont le monde d’en dessous (la Terre, la caverne, là ou
se trouve les racines des arbres) et le monde d’en haut (le ciel, le vent, la ou se trouve les branches des arbres) Il est aisé de voir dans la cosmologie chamanique l’image de l’arbre primordial
que nous retrouvons dans de nombreuses croyances, dont le monde Viking avec son Yggdrasil et le monde Celte avec son Chêne et son armée forestière.
Pour voyager entre ses mondes le chamane doit entrer en transe, mais la transe n’est pas obligatoirement la même pour tous et
elle peut différer suivant les cultures. Sans oublier que dans une même culture plusieurs types de transes peuvent être utilisées.
La Transe
La transe est un état de conscience modifié
L’état normal que nous
connaissons tous lorsque nous sommes éveillé est l’état numéro un de conscience éveillée
Le premier état de
conscience modifié, que nous connaissons tous plus ou moins et cet état un peu dans les nuages, être dans la lune, que certains ont l’art et la manière de cultiver
Un état juste supérieur
est l’état d’induction en hypnose (type hypnose Ericksonienne)
Le troisième état est
l’état du rêve, en effet lorsque nous rêvons nous sommes en état de conscience modifiée et le monde du rêve est très utilisés dans les cultures chamaniques. Apprendre à les lire, à les écouter, à
les diriger
Les rêves sont des aperçus d’un monde que les chamans visitent dans la transe
Le quatrième état est
l’état reconnu comme transe.
Nous pouvons alors différencier deux types de transes : les transes passives
et les transes déchaînées.
Les transes légères,
passives sont provoquées par la méditation active et dirigée, le chant, la prière, la danse, déprivation sensorielle, l’isolement social.
Les transes déchaînées
sont plus violentes et sont induites, la douleur intense (les rites du Soleil des peuples Sioux) et la prise de drogue.(Peyotl, Datura)
Ces techniques bien que violentes semblent plus facile d’accès. Een effet la seule prise d’une substance ou le fouet à
répétition semblent une promesse sans autres efforts que des les pratiquer contrairement aux transes légères qui demandent un effort et un apprentissage de la concentration et de la technique.
Cependant si l’effort est moindre il semble très dangereux de vouloir pratiquer ces techniques dans notre monde contemporain. Les états de conscience modifiées sont très forts et doivent être
maintenus dans un cadre afin de ne pas nous perdre dans les mondes. A cette fin il faut être guidé non seulement par un guide expérimenté, durant un long apprentissage mais de plus il faut être
imprégné de toute une culture, solide et stable ce qui n’existe plus de nos jours. Le fort impact sur notre système neurologique, le danger véhiculé et la difficulté
d’utilisation justifient les précautions, la prudence et le secret dont s’entouraient les shamans qui les utilisaient. L’expérience d’ingestion nécessite un entraînement et une initiation
spécifiques. L’initiation équipe le néophyte de repères qui lui servent de garde fou. Sans repères dans le monde des hallucinations et de l’approche spirituelle, le non initié peut sombrer dans
une totale démence. L’ego non préparé aux risques peut se dissoudre brutalement et l’esprit rester à jamais perdu. Voilà le drame de tous les
« camés » de notre époque, d’avoir joué avec leur système neuro - psychique sans cadre, sans structure et sans croyance.
Ces gardes fous transmis par les générations précédentes ont pour cadre la culture de la société où chacun peut
se retrouver.
« Nul ne peut s’aventurer dans le monde des hallucinations sans une douloureuse initiation qui est
destinée à préparer émotionnellement et nerveusement le néophyte à ne pas se laisser dépasser par les hallucinations que l’absorption des breuvages magiques provoque, aussi atténuées que peuvent
être leur toxines. C’est quand ces hallucinations sont consciemment maîtrisées, culturellement adéquates, et socialement appropriées, car institutionnalisées à travers des mythes de références
acceptées par la communauté, que le chaman parvient à rester conscient lorsqu’il navigue dans le chaos hallucinatoire qu’il est capable de traduire en vision les images psychédéliques dont le
symbolisme reste cohérent et fait sens pour tous . »
(Claudine Brelet dans Médecines du Monde, l’Art des Chamans P 113)
La douleur intense engendre les mêmes remarques, rien ne sert de se faire souffrir sans un guide, un chaman,
une communauté, une tribu qui l’encadre, lui donne un sens et un contrôle contre la mort et la dégénérescence.
Notons que certains états pathologiques ressemblent et peuvent provoquer des états de conscience modifiés, et dans ces cas ne
peuvent être considérés comme une pratique spirituelle : Epilepsie, migraine, schizophrénie.
Les étapes de la Transe.
La transe passe par trois étapes, qui ne sont pas nécessaires ni obligatoires. Par exemple c’est souvent dans l’état de demi
sommeil, au moment ou l’on s’endort qu’une transe légère peut être très signifiante.
Dans les transes fortes et dirigées ces trois étapes sont
-
La vue de formes géométriques (points zigzags, grilles, lignes courbes et méandres). Ses formes sont mouvantes s’élargissent
se rétractent.
-
Ces formes prennent l’apparence de ce qui pour nous possède un sens profond, comme dans un film que l’on voit projeté, la
ligne sinueuse devient serpent, la courbe une coupe. Ces objets porteurs de sens sont conditionnés par la culture du Chaman.
-
Passage par un tunnel, une grotte (vers le haut ou vers le bas) et entrée dans
l’autre monde ou l’on rencontre le plus souvent des animaux, que le chaman peut devenir à son tour.
Nous pouvons aisément à cette description reconnaître l’expérience chamanique avec la prise de drogue hallucinogène telle que
le LSD, la datura, le peyotl, cependant dans la deuxième et troisième étape le chaman connaît et retient le sens de ce qu’il traverse alors que le drogué ne fait que subir un monde qu’il ne
maîtrise ni ne comprend pas prenant par là même le risque d’être submergé et de rester « collé ».
Tout autour du globe les constantes chamaniques suivantes se rapportent au travail chamanique
Le vol
chamanique
La vision des
signes
La traversée du tunnel
dont l’entrée est une sorte de grotte
La sensation de vol ou
de descente
La rencontre avec des
esprits animaux, des plantes, les métamorphoses.
Les cultures basées sur un mode de vie agricole ont tendance à interpréter le vol comme une possession du chaman (les esprits
viennent en lui, inspiration vient à lui puis) alors que les cultures basées sur un mode de vie chasseurs cueilleurs interprètent ce vol comme une perte de l’âme, le chaman monde ou descend dans
les autres mondes pour en revenir
La pratique chamanique est donc un déplacement, vol ou descente dans les autres mondes (niveaux de conscience) qui permettent
de se mettre en contact avec les autres esprits du cosmos, les esprits de la nature, avoir une relation particulière avec les animaux, les plantes et y trouver les réponses nécessaires à notre
survie humaine, à la communauté.
Il faut considérer que dans cet esprit chaque chose et chaque être vivant possède son âme, son énergie propre et l’un comme
l’autre nous sommes interdépendants. C’est une approche, dite sauvage et primitive, mais que nous Druides considérons comme naturelle.