Mercredi 13 août 2008 3 13 /08 /Août /2008 10:45

Des membres éminents d’Université prennent partie pour la défense de Tara


(photo site
http://pfjoy.free.fr/photos/358-tara.jpg)

16 August 2007

 

Mr John Gormley, TD Minister for the Environment Custom House, Dublin 1

 

A Aire Uasail, a chara,

 

At its closing session on Friday 27 July, the assembled delegates to the XIII International Celtic Congress, Rheinische Friedrich-Wilhelms-University, instructed us to send you this letter, to protest most vigorously against the destruction of the environs of Tara and of other historic and prehistoric sites in Ireland, such as Lismullin.

 

These are essential parts of the Celtic and pre-Celtic inheritance not only of Ireland but of the whole of European civilisation. We urge you, Minister, to reverse these official decisions and to act decisively as the protector of Europe’s cultural heritage.

 

Yours sincerely,

 

WILLIAM GILLES

Professor of Celtic, Edinburgh University

President of the Permanent Bureau for the International Congress of Celtic Studies

 

ANDERS AHLQVIST

Professor Emeritus of Old and Middle Irish and Celtic Philology, NUI, Galway

Secretary of the of the Permanent Bureau for the International Congress of Celtic Studies

.

 

Pétition au 1er ministre irlandais :

 

http://www.petitiononline.com/hilltara/petition-sign.html?

 

Celle pour le ministre de l'Environnement :

http://www.petitiononline.com/taram3/petition.html

 

Le site Tara Watch pour les infos :

http://www.tarawatch.org

 

Et leur Myspace :

http://www.myspace.com/hilloftara

 

Par Duir - Publié dans : Europe
Mercredi 13 août 2008 3 13 /08 /Août /2008 10:41

Avez-vous déjà marché pieds nus dans la poussière, dans la boue, dans la terre ? Je ne parle pas de marcher pieds nus sur les rues de nos villes et villages, mais sur les chemins de terre. Suivant la saison et le temps ils pourront être secs et poussiéreux, mous et humides, durs et froids, rafraîchissants, divers. C’est une expérience mémorable Il peut en ressortir un sentiment de faiblesse, quand la terre et trempée ou froide, comme un sentiment de force quand elle est argileuse ou sèche, il peut en ressortir tout le contraire suivant nos préférences, notre nature propre. Ces différences de textures sont autant de réalités vivantes, la terre vit et sa matière sera moulée à la saison qui passe, au temps du jour. Cette réalité nos pieds, désentravés des carcans peuvent alors la partager et s’en sentir si proche que parfois ils sont comme imprégnés, fondus, captivés, embrassés. Sensation étrange d’appartenance et de similitude, il est comme un pied fait de terre, une forme d’argile, il est comme une terre vivante et ressentant elle aussi notre vie qui court sur sa peau.

Cette expérience porte en elle l’expérience du vivant, la confrontation directe avec les réalités vivante. La terre est la matière qui porte la vie, nous marchons sur elle, elle nous porte, fruit nourriture, et nous accueille pour le grand sommeil. La fouler de nos pieds permet  à ces vérités non pas d’effleurer nos pensées ou de nourrir notre espace mental comme une subjectivité, mais au contraire de le sentir avec sa chair, donc de le vivre. Comme chaque expérience de vie cette expérience ravive en nous la sensation de vivre et qui de plus sans être un étranger.

Marcher pieds nus sur la terre permet de retrouver le sens de la nature vivante de la terre et notre appartenance  à cette réalité.

 

Il semble aussi que de marcher pieds nus permettent de mieux capter, de mieux accueillir les forces telluriques, les énergies terrestres qui viennent du dessous. Le port de chaussures n’entrave pas ces échanges, pas plus que nos murs de bétons, les déviances electro-magnétiques. Bien sûr plus les chaussures seront en fibres naturelles plus elles respecteront l’osmose.

 

Il ne s’agit pas seulement de marcher pieds nus sur la terre pour en ressentir le bien- être, mais aussi et surtout pour en intégrer la valeur, qui nous ramène à plus d’humilité, ce mot si proche de l’humus dont notre humanité n’est pas étrangère. Humilité ne veut pas dire se rabaisser, se vouloir plus petit, mais s’intégrer à l’humus, ne plus être un contre le monde entier mais être parmi, de même nature. Cette humilité nous ramène à nos besoins fondamentaux, avec respect et attention, besoin de boire, de manger, de dormir, de vieillir, elle nous offre l’horizon des lois de la nature dont nous avons à respecter les règles. Sans compter les références dont la plupart des mythologies font état, cette matière glaise dont l’homme est fait, il s’agit d’une vraie réalité non pas d’une simple image symbolique. Le corps humain et le corps de la terre sont fait de même chair, ils suivent chacun les cycles et les spirales du temps. Ils se nourrissent. La différence tiendrait dans le sens que la terre nous porte et nous nourrie, c’est sa propre réalité qui arrête les rayons du soleil pour leur donner force de lumière :  dans l’espace la lumière n’éclaire pas. C’est encore ses courbes rondes qui face au Soleil tournant permettent les décompositions d’ombres vitales. C’est toujours elle qui tourne pour offrir tour à tour ses visages et nous glisse de l’hiver à l’été, de la nuit vers le jour. Comment pourrions-nous vivre sans elle ?

Enfant de la terre, de même nature, que faisons-nous pour elle, en retour de ses dons ? La chanter, la danser ? Certains osent encore le faire. Cela est-il suffisant ? La défendre, se battre pour la préserver ? Certains osent aussi le faire. Cela est-il suffisant ? Ne devrions-nous pas laisser le silence du vent nous porter ses messages et laisser ne pas se contenter de dire ou de faire, mais essayer, d’être aussi tout simplement ?

Marcher pieds nus sur la terre sacrée peut nous ouvrir ce champ d’existence tenue, nous relier à notre propre essence, de terre et de chair tout d’amour contenu.

 

Par Duir - Publié dans : Essais
Mercredi 13 août 2008 3 13 /08 /Août /2008 10:38

Les Initiations chamaniques

Pour devenir chamane différentes approches sont utilisées suivant le monde auquel le chamane appartient. Certaines cultures font la « Recherche de vision » comme de nombreuses tribus amérindiennes. Chez les Inuit l’enseignement reçu dépendra de l’expérience vécue lors d’un séjour en tête à tête avec son père. D’autres encore proposent des danses prolongées pour découvrir qui sera le futur chaman. On peut être choisi par un chaman lui - même ou par les Esprits (lors d’un rêve par exemple)

 

 

Du Chamane paléolithique au Druide Antique

 

Lors de la découverte des peintures rupestres, les premières interprétations qui furent données furent celle de l’art pour l’art dans une image du bon sauvage.

« La vie en plein air, répandait sur ces sauvages que nous trouvons misérables, un souffle de moralité, de force, de calme »

Piette

« vivant sans peine dans un monde d’abondance, ils disposaient de loisirs, et les loisirs d’une vie facile enfante l’art »

John Halverson

 

La deuxième interprétation fut celle de l’art utilitaire magique, c'est-à-dire la magie de la chasse. L’homme ne vit plus dans un monde sympathique mais hostile (JH Rosny la Guerre du Feu 1911) et il veut par ses  pratiques chamaniques conduire les animaux dans la chasse, vers la mort et en même temps leur assurer les énergies de fécondité, le respect de l’équilibre, de enchaînement des cycles et par la même sur la survie de l’humain et de son environnement.

 

Mais une vision plus globale permet à ce moment là de découvrir une forte unité de représentation dans toutes grottes du sud ouest de la France, du nord de l’Espagne et du Portugal qui font partie d’un des plus ancien patrimoine de l’humanité. Cette unité est une forte représentation d’animaux, mais pas tous les animaux :

« Les animaux bons à manger et les animaux bon à penser » (CL Lewis Strauss)

L’utilisation des couleurs noir et rouge (un peu de blanc et un peu de jaune) etc.

 

Rebondissant sur cette idée les travaux de Annette Laming Emperaire et de Max Raphaël vont oser aller plus loin dans l’axe chamanique. Se reposant sur les premiers travaux de Mircea Eliade, Western la Barre et Joan Halifax ils soulèvent un voile de plus sur le monde des cavernes et de leur univers chamanique. Ils intègrent l’importance de la caverne comme lieu d’initiation et de rites, comme une ouverture vers un autre monde.

 

Annette Laming Emperaire dénote le caractère symbolique sexué des couples de Bisons (male) / Cheval (femelle)  tout en reliant la métamorphose de l’un en l’autre dans la femme bison de Pech Merle qui n’est pas sans rappeler la femme bison de la cosmologie amérindienne. 

 

Dans leur excellente thèse, Jean Clottes et David Lewis Williams : les chamanes de la Préhistoire, démontrent clairement l’appartenance typique et caractéristique de ces animaux aux hallucinations du 3eme stade des transes. Le choix particuliers des animaux, le lieu de peinture et de gravure et les concordances avec les phases de transes. Ils tiennent compte du fait que les hommes du paléolithique sont tout comme nous des homos sapiens sapiens et à ce titre possédaient le même système neuropsychologique que nous. Ils comparent les peintures et gravures rituelles de certaines tribus encore chamaniques et en viennent à la conclusion que les peintures du paléolithiques sont des représentations des voyages chamaniques réalisés par les chamans eux – même. Cette représentation comporte les signes du premier état de la transe (zigzag, courbes, lignes géométriques) les perspectives de montée et de descentes, les métamorphoses animales, mais aussi la symbolique la plus proche de la rencontre avec les autres mondes,  à travers un passage dans un lieu typique d’initiation : la grotte.

 

Ils notent entre autre que

« …  des animaux qui vont vers les profondeurs et disparaissent dans l’hiver et la mort, tandis que ceux qui paraissent sortir des bouches d’ombres traduisent la renaissance de la vie à la belle saison »

Jean Clottes et David Lewis Williams dans les chamanes de la Préhistoire ed la Maison des Roches

 

Nous sommes prêts des lectures ancestrales connues, des rites liés aux cycles de la nature, des symboliques présentes dans les mythes celtiques de métamorphoses, de mort et de renaissance.

 

Les animaux les plus enfouis dans les cavernes sont les bisons, les aurochs les mammouths et les chevaux ainsi que les bouquetins et les cerfs. Il ne reste à l’époque celtique que les chevaux et les cerfs, animaux parmi les plus sacrés

Ceux qui arrivent en périphérie des grottes sont les lions, les ours, les rhinocéros. Les rhinocéros ayant disparu, tout comme les lions des cavernes il reste l’ours.

On peut noter ici le caractère terrien des premiers, voir psychopompe et le caractère solaire des seconds et l’importance de ces animaux dans le bestiaire druidique.

 

En y regardant de plus près, les Mythes Celtiques sont pétris d’esprit chamanique, le monde du dessous, comme le monde du dessus sont toujours présents, les Esprits Divins, mi homme, mi animal, mieux, passant de métamorphoses en métamorphoses animales avant de se retrouver « renaissants », (Kerridwen, Taliesin, Etaine …) tel le chaman ayant survécu à sa propre mort. Que penser de devenir le Chien de Cuchulain ? Chaque tribu porte son enseigne et son animal protecteur comme chaque héros rencontre une part de son âme dans l’animal, le végétal, le minéral. Le pouvoir de l’esprit animal, n’est jamais très loin de la pensée Celte.

 

La plupart des sociétés chamaniques croient en un Dieu des animaux, qui contrôle la faune, veille à sa préservation et sous certaines conditions implique souvent des rites propitiatoires. Nous avons dans ce rôle le Dieu Kernunos, dont bien sur il n’est pas mention dans les cavernes. Pourtant dans certaines d’entres elles des silhouettes cornues se retrouvent ayant jambes et profil humain, mais pattes animales.

Si nous étudions ce Dieu, il a toutes les caractéristiques d’un Dieu au pouvoir sur la Nature. Sa ramure de cerf tombe et repousse au rythme des saisons qui passent, son serpent fait de lui la maître des savoirs de la Terre. Il est tout à fait lié à cette puissance, ce vouloir de la nature de passer de la vie à la mort et de la mort à la vie, entraînant sur sa route, les animaux, les plantes et les êtres humains. Plus tardivement arrive l’homme vert, le fameux Green Man, tant lié aux cycles de la nature que l’énergie vitale et naturelle lui sort par la bouche. L’Homme vert serait un avatar de Kernunos.

 

Dans de nombreuses cavernes on a trouvé des mains, entières ou mutilées (on ne voit pas tous les doigts) dessinées par le souffle d’une matière colorante sur la paroi où la main se trouve. Ce langage des mains, a été réalisé repliant ou pas les doigts en une sorte de langage muet qui possède une valeur symbolique et renforce le rituel. Cela n’est pas sans rappeler le langage des Oghams utilisés par les Druides par la désignation des phalanges.

 

Nous retrouvons de manière évidente la pratique chamanique dans certains procèdes bardiques pour recevoir l’inspiration (l’Awen) et ce jusqu’au XIVeme  siècle en Irlande. Ils se faisaient enfermés dans un espace totalement clos, seul et dans le noir (déprivation sensorielle, l’isolement social) avec une pierre sur le ventre (concentration, méditation). Cela n’est pas sans écho sur la descente dans la grotte, ce ventre obscur et noir, tout comme dans l’utérus formé par les constructions dolméniques. Cette vision globale pose une volonté, un fil conducteur de vouloir à chaque époque faire un retour au monde d’en bas, au ventre de tous les secrets.

 

Des contes comme Taliesin, Suibhne Geilt , Merlin sont autant de rencontre avec le monde chamanique celtique. La transformation, la transmigration d’un état en un autre, avant d’avoir les réponses. Qu’est donc que ce Merlin, devenu loup qui dans sa transe prophétise, si ce n’est un chaman ? Il en a bien des caractéristiques, la traversée en solitaire dans un monde obscur et sauvage (la forêt) sa promiscuité avec les loups et son meilleur ami ayant pour nom ou étant lui-même un loup, animal lunaire par excellence appartenant aux mondes obscurs.

Il délire, mais ces délires sont des mots de l’autre monde, prédictions, il est donc devin de par son « voyage » dans le monde des plantes et des animaux. C’est exactement la fonction chamanique.

 

Le don de lire l’avenir et de se transformer, voire de voler est le propre du Chaman et de nombreux héros et personnages en sont pourvus dans la mythologie celtique. Ce serait une grave erreur de l’occulter et surtout se priver d’une réalité, d’une richesse irremplaçable.

 

Certains on vu, les restes des techniques chamaniques dans les récits de sorcières volant sur leur balai, suite à des divagations de l’âme après l’absorption de plantes hallucinogènes
(Aconit, Actea Racemosa, Belledonne, Ciguë, Digitale, Epine vinette, Hellébore, Jusquiame noire, Datura, Mandragore, L’Amanite …). Les techniques ne sont pas perdues depuis très longtemps mais le voyage de redécouverte est long et difficile pour celui qui recherche ces traces ancestrales aujourd’hui

 

Jean Markale dans son ouvrage Le Druidisme (ed Payot) pose clairement la question : y aurait-il dans le Druidisme une composante chamanique, ou tout au moins des éléments qui puisent être identifiés à des pratiques chamaniques ?

Il répond, à première vue, non …. Mais le chamanisme n'a jamais été autre chose qu'un ensemble de croyances et de rites répandus dans des peuples d'origine et de culture très différentes … et de démontrer qu'un courant chamanique qui a couru du nord de l'Asie au nord de l'Europe n'a pas pu épargner nos contrées.

 

 

Le chamanisme celtique contemporain

 

Le chamanisme et les différentes pratiques qu’il englobe (rêve, méditation transe légère, danse, tambour, chant) sont très pratiquées aujourd’hui par les Druides. Cette partie est une des étapes de l’apprentissage de l’Ovate qui est maître de la divination de la médecine sacrée, de la rencontre avec les autres mondes. Il en est ainsi une revivance des mondes chamaniques ancestraux qui complètent parfaitement le monde du Barde. Ainsi se noue le plus lointain passé des grottes de nos montagnes aux plus contemporaines des pratiques païennes, reliant les temps anciens aux temps nouveaux, les mondes d’en bas et les mondes d’en haut, tout comme nos Anciens aimaient à le faire dans une sagesse transmise et insufflée par l’amour de nous, à jamais.

 

 

"Nous sommes un nouveau peuple

Nous sommes un ancien peuple

Nous sommes le même peuple

Plus intense qu'auparavant"

 

(Paroles de Chamans, textes recueillis par Henri Gougaud / Albin Michel Carnets de Sagesse)

 

 

Lecture recommandée :

Mircea Eliade
Le chaman celtique / John Mattews ed Du Rocher

Les chamans de la Préhistoire / Jean Clottes et David Lewis Williams

Le Cercle des Anciens par Patrice Van Eersel et Alain Grossey Ed le Livre de poche)

Claudine Brelet dans Médecines du Monde, l’Art des Chamans

Par Duir - Publié dans : Europe
Mercredi 13 août 2008 3 13 /08 /Août /2008 10:34


J’ai été une truite, j’ai été un daim,

J’ai été un sage, j’ai été un groin,

J’ai été une corne, j’ai été une laie

J’ai été un cri dans la bataille

J’ai été un  torrent sauvage

J’ai été une vague le long du rivage

J’ai été une douce ondée

J’ai été un chat tacheté perché sur la fourche d’un arbre

J’ai été un cercle, j’ai été un visage

J’ai été une chèvre montée sur un vieil arbre.

Taliesin

 

 

Le Druide peut-il être un Chaman qui se trémousse dans une ronde de plume, avec des grelots aux chevilles, balancé par le rythme de son tambour sacré, qui hurle comme les loups dans son dialogue avec les Esprits ? Le Druide peut-  il être celui qui guette les réponses seul au fond des bois et qui fait fuir la maladie avec sa poudre de perlimpinpin ? Soit, pour être Chaman il faut être un peu jaune et avoir les yeux bridés. A moins qu'une peau mate des Sud Amériques ne fasse l'affaire. Pour être Chaman il faut être initié à coup de frayeur ou de champignons magiques. A moins que … les Esprits ne nous indiquent par le biais d'un rêve ou d'une expérience particulière que ce jour là nous sommes devenus "Chaman".  Nadia Stepanova (présidente des Chamans de Bouriati) va jusqu'à dire que l'on ne devient pas Chaman mais que l'on "nait" Chaman (Le Cercle des Anciens par Patrice Van Eersel et Alain Grossey Ed le Livre de poche)

 

N'est-on pas en droit de ce demander quel est ce Druide qui connaît des arbres autre chose que leur famille de bois. Quel est "ce Sage" qui préside aux peuples dont les enseignes sont des sangliers, des loups, des aigles ? Quel est ce savant qui connaît tout des plantes et des arbres qui marchent ? Quel ce Merlin, ce « fou » ?  Quel est celui qui dit :

 

Je suis le vent de la mer

Je suis une vague de la mer

Je suis une voix de la mer

Je suis un bœuf de sept combats

Je suis un faucon sur une falaise

Je suis une larme du soleil

Je suis une fée parmi les fleurs

Je suis un sanglier

Je suis un saumon dans un étang

Je suis un lac dans une plaine

Je suis ne colline de poésie

Je suis une flèche décochée pour la bataille

Je suis un Dieu qui met le feu à la tête

Qui, si ce n'est pas moi, peut révéler

Les secrets du dolmen de pierre brute ?

(Amorguen : naissance du chant )

 

 

Peut-être est-il possible aujourd’hui de prendre un peu de recul et au travers des nouvelles thèses concernant les peintures des grottes paléolithiques, qui y voient des œuvres chamaniques, des nouvelles thèses sur l’origine des Celtes, qui en font non plus des émigrants conquérants mais des fils de la Terre, pouvons nous entrevoir une autre vision d’un chamanisme vivant et imprégnant le sol de nos grottes des  Trois Frères, aux Druides antiques, à nos jours égarés entre passé incertain et futur flou.

Il n’est pas question ici de savoir qui a  raison, ou qui a tort et je ne répondrais à aucune réaction de ce type, il est simplement question d’ouvrir à la  réflexion et dire « pourquoi pas, un peu de vrai, un peu de faux ? ».

 

Le Chamanisme

 

Le chamanisme se retrouve dans toutes les contrées du monde et à l’aube de toutes les vies humaines que ce soit en  Sibérie, en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique, en Australie, en Asie et en Europe. Il représente non pas une religion à proprement dit mais une pratique spirituelle, dont il nous reste souvent des rites, des représentants, des signes irréfutables pour ceux qui savent entendre et voir.

« Le Chamanisme n'est pas, à proprement parler, une religion, mais un ensemble de méthodes extatiques et thérapeutiques dont le but est d'obtenir le contact avec l'univers parallèle mais invisible des Esprits et l'appui de ces derniers dans la gestion des affaires humaines »

Dictionnaire des Religions de Eliade/Couliano ed Plon

 

Cette technique spirituelle nous attire, elle possède une influence magique comme un vieux souvenir, une part de notre vie à laquelle elle fait écho, par ce qu’elle est ce qui est le plus magiquement relié au sol de notre mémoire, à la terre de nos ancêtres, aux os qui sont les nôtres.

Tout le monde connaît le mot, Chaman, Shaman, Chamanisme, pourtant il est bien difficile de définir exactement de quoi il s’agit. On imagine ce personnage haut en couleur, armé de son tambour et de son masque, qui danse à s’en faire tourner la tête. Oui celui là (celle là) est Chamane, mais le chamanisme c’est aussi et encore bien autre chose, des aubes de nos contrées gauloises aux portes de notre culture celte, druidique et contemporaine.

 

Le chamane est un personnage qui possède plusieurs pouvoirs, celui de voyager entre les mondes, oui, mais pas dans le seul objectif de se faire plaisir, ni d’acquérir des pouvoirs. Non, un rôle lui est dévolu, je dirais même une mission, plusieurs missions :

 

*         Guérir

*         Changer le temps

*         Lire l’avenir

*         Contrôles des migrations animales

*         Fécondité, chasse, respect des cycles de la nature

*         Prévoir le futur

Et dans ce but il va rencontrer les esprits des animaux et des plantes, traverser les différents mondes de sa cosmologie

 

Pour ce faire il va apprendre à voyager entre ces différents mondes qui sont le monde d’en dessous (la Terre, la caverne, là ou se trouve les racines des arbres) et le monde d’en haut (le ciel, le vent, la ou se trouve les branches des arbres) Il est aisé de voir dans la cosmologie chamanique l’image de l’arbre primordial que nous retrouvons dans de nombreuses croyances, dont le monde Viking avec son Yggdrasil et le monde Celte avec son Chêne et son armée forestière.

 

Pour voyager entre ses mondes le chamane doit entrer en transe, mais la transe n’est pas obligatoirement la même pour tous et elle peut différer suivant les cultures. Sans oublier que dans une même culture plusieurs types de transes peuvent être utilisées.

 

La Transe

La transe est un état de conscience modifié

*         L’état normal que nous connaissons tous lorsque nous sommes éveillé est l’état numéro un de conscience éveillée

*         Le premier état de conscience modifié, que nous connaissons tous plus ou moins et cet état un peu dans les nuages, être dans la lune, que certains ont l’art et la manière de cultiver

*         Un état juste supérieur est l’état d’induction en hypnose (type hypnose Ericksonienne)

*         Le troisième état est l’état du rêve, en effet lorsque nous rêvons nous sommes en état de conscience modifiée et le monde du rêve est très utilisés dans les cultures chamaniques. Apprendre à les lire, à les écouter, à les diriger
Les rêves sont des aperçus d’un monde que les chamans visitent dans la transe

*         Le quatrième état est l’état reconnu comme transe.

 

Nous pouvons alors différencier deux types de transes :  les transes passives et les transes déchaînées.

*         Les transes légères, passives sont provoquées par la méditation active et dirigée, le chant, la prière, la danse, déprivation sensorielle, l’isolement social.

*         Les transes déchaînées sont plus violentes et sont induites, la douleur intense (les rites du Soleil des peuples Sioux)  et la prise de drogue.(Peyotl, Datura)

 

Ces techniques bien que violentes semblent plus facile d’accès. Een effet la seule prise d’une substance ou le fouet à répétition semblent une promesse sans autres efforts que des les pratiquer contrairement aux transes légères qui demandent un effort et un apprentissage de la concentration et de la technique. Cependant si l’effort est moindre il semble très dangereux de vouloir pratiquer ces techniques dans notre monde contemporain. Les états de conscience modifiées sont très forts et doivent être maintenus dans un cadre afin de ne pas nous perdre dans les mondes. A cette fin il faut être guidé non seulement par un guide expérimenté, durant un long apprentissage mais de plus il faut être imprégné de toute une culture, solide et stable ce qui n’existe plus de nos jours. Le fort impact sur notre système neurologique, le danger véhiculé et la difficulté d’utilisation justifient les précautions, la prudence et le secret dont s’entouraient les shamans qui les utilisaient. L’expérience d’ingestion nécessite un entraînement et une initiation spécifiques. L’initiation équipe le néophyte de repères qui lui servent de garde fou. Sans repères dans le monde des hallucinations et de l’approche spirituelle, le non initié peut sombrer dans une totale démence. L’ego non préparé aux risques peut se dissoudre brutalement et l’esprit rester  à jamais perdu. Voilà le drame de tous les « camés » de notre époque, d’avoir joué avec leur système neuro - psychique sans cadre, sans structure et sans croyance.

Ces gardes fous transmis par les générations précédentes ont pour cadre la culture de la société où chacun peut se retrouver.

« Nul ne peut s’aventurer dans le monde des hallucinations sans une douloureuse initiation qui est destinée à préparer émotionnellement et nerveusement le néophyte à ne pas se laisser dépasser par les hallucinations que l’absorption des breuvages magiques provoque, aussi atténuées que peuvent être leur toxines. C’est quand ces hallucinations sont consciemment maîtrisées, culturellement adéquates, et socialement appropriées, car institutionnalisées à travers des mythes de références acceptées par la communauté, que le chaman parvient à rester conscient lorsqu’il navigue dans le chaos hallucinatoire qu’il est capable de traduire en vision les images psychédéliques dont le symbolisme reste cohérent et fait sens pour tous . »

(Claudine Brelet dans Médecines du Monde, l’Art des Chamans P 113)

 

La douleur intense engendre les mêmes remarques, rien ne sert de se faire souffrir sans un guide, un chaman, une communauté, une tribu qui l’encadre, lui donne un sens et un contrôle contre la mort et la dégénérescence.

 

Notons que certains états pathologiques ressemblent et peuvent provoquer des états de conscience modifiés, et dans ces cas ne peuvent être considérés comme une pratique spirituelle : Epilepsie, migraine, schizophrénie.

 

Les étapes de la Transe.

La transe passe par trois étapes, qui ne sont pas nécessaires ni obligatoires. Par exemple c’est souvent dans l’état de demi sommeil, au moment ou l’on s’endort qu’une transe légère peut être très signifiante.

 

Dans les transes fortes et dirigées ces trois étapes sont

  1. La vue de formes géométriques (points zigzags, grilles, lignes courbes et méandres). Ses formes sont mouvantes s’élargissent se rétractent.

 

  1. Ces formes prennent l’apparence de ce qui pour nous possède un sens profond, comme dans un film que l’on voit projeté, la ligne sinueuse devient serpent, la courbe une coupe. Ces objets porteurs de sens sont conditionnés par la culture du Chaman.

 

  1. Passage par un tunnel, une grotte (vers le haut ou vers le bas) et entrée dans  l’autre monde ou l’on rencontre le plus souvent des animaux, que le chaman peut devenir à son tour.

 

Nous pouvons aisément à cette description reconnaître l’expérience chamanique avec la prise de drogue hallucinogène telle que le LSD, la datura, le peyotl, cependant dans la deuxième et troisième étape le chaman connaît et retient le sens de ce qu’il traverse alors que le drogué ne fait que subir un monde qu’il ne maîtrise ni ne comprend pas prenant par là même le risque d’être submergé et de rester « collé ».

 

Tout autour du globe les constantes chamaniques suivantes se rapportent au travail chamanique

*         Le vol chamanique

*         La vision des signes

*         La traversée du tunnel dont l’entrée est une sorte de grotte

*         La sensation de vol ou de descente

*         La rencontre avec des esprits animaux, des plantes, les métamorphoses.

 

Les cultures basées sur un mode de vie agricole ont tendance à interpréter le vol comme une possession du chaman (les esprits viennent en lui, inspiration vient à lui puis) alors que les cultures basées sur un mode de vie chasseurs cueilleurs interprètent ce vol comme une perte de l’âme, le chaman monde ou descend dans les autres mondes pour en revenir

 

La pratique chamanique est donc un déplacement, vol ou descente dans les autres mondes (niveaux de conscience) qui permettent de se mettre en contact avec les autres esprits du cosmos, les esprits de la nature, avoir une relation particulière avec les animaux, les plantes et y trouver les réponses nécessaires à notre survie humaine, à la communauté.

 

Il faut considérer que dans cet esprit chaque chose et chaque être vivant possède son âme, son énergie propre et l’un comme l’autre nous sommes interdépendants. C’est une approche, dite sauvage et primitive, mais que nous Druides considérons comme naturelle.


Par Duir - Publié dans : Essais
Mercredi 13 août 2008 3 13 /08 /Août /2008 10:23

Kaho’olawe















Photos à voir sur le site :

http://www.sacredland.org/historical_sites_pages/kahoolawe.html)

 

http://kahoolawe.hawaii.gov/

 

http://www.kahoolawe.org/


Kaho’olawe est un lieu hautement sacré des îles d’Hawaï. Longtemps espace de désolation où furent testées les rampes nucléaires américaines, la voici grâce à la volonté de quelques irréductibles,  à nouveau fille de l’océan, libre et gardienne des traditions anciennes.

 

Durant des décennies le site sacré Hawaiian de Kaho’olawe, incarnation physique du Dieu de la Mer Kanaloa, fut dévasté par les explosions des tests guerriers de l’armée américaine. Dès la fin de la deuxième guerre mondiale les USA firent tous leurs tests de roquettes, de napalm, TNT, de tirs atomiques sur les rivages de l’île, dévastant le vaste ensemble écologique et interdisant l’accès aux autochtones dont elle représente un grand centre spirituel.

 

En plus de sa valeur spirituelle Kaho’olawe recèle plus de 600 sites archéologiques, temples, maisons, camps agricoles, tout un ensemble de richesses historiques, culturelles et traditionnelles.

 

Dès 1976 les activistes Hawaiiens occupèrent l’île et engagèrent un bras de fer avec le gouvernement américain. En 1990, les essais nucléaires ont pu être arrêté et la Navy reçu l’ordre de nettoyer l’espace. Malgré ces nettoyages de nombreux problèmes écologiques persistent encore aujourd’hui.

 

Le groupe Protect Kaho’olawe ‘Ohana (PKO) fut constitué et déposa un manifeste auprès du gouvernement US afin de faire reconnaître l’intérêt environnemental, historique et religieux de l’île. Il fallu de nombreuses incursions et de nombreuses actions en force pour arriver en 1980 à l’accès autorisé d’instances traditionnelles. Les anciens heiau (temples) furent restaurés et les indigènes purent officier de mensuelles cérémonies.

L’île fut consignée dans les Registres Nationaux des Lieux Historiques en 1981.

Des décisions du gouvernement américain permirent en 1990 puis 1993 d’arrêter complètement les essais militaires et rendirent l’île à l’Etat d’HawaII.

Confirmation faite en 1994.

 

En novembre 2003 le KIRC fit une cérémonie pour marquer la réappropriation de l’île.

 

Le nettoyage des lieux est laborieux. Il n’a pas commencé avant 1999 et lorsque arriva la date buttoir de mars 2004, il ne recouvrait que 70 % de la surface de l’île et 9% de la subsurface. C'est-à-dire bien loin de l’objectif premier de 100 % pour le sol et 30 % pour les fonds marins

 

Actuellement les Hawaiiens travaillent toujours à la renaissance écologique de leur île, qui est reconnue comme une réserve « culturelle » gérée par le KIRC.

Le  KIRC ne ménage pas ses efforts pour restaurer la végétation native, nettoyer et réhabilite les structures tant culturelles que cultuelles.

 

Aucune activité commerciale n’est permise sur l’île ou dans ses eaux territoriales. Le KIRC gère les accès et encadre les activités culturelles et éducatives organisées par le PKO.


Site sur les lieux sacrés :
http://www.sacredplaces.info/Site/Home.html

Par Duir - Publié dans : Autour du monde
Mardi 12 août 2008 2 12 /08 /Août /2008 14:11

En 2007 les jeux de rugby nous ont permis de voir sur la petite lucarne quelques magnifiques références aux tatouages Maori. Il peut être curieux de voir notre société captivée par la beauté de ces tatouages, et s’offusquer devant, ceux plus discrets de nos contemporains européens. C’est que le tatouage fait appel à une vieille mémoire humaine, il fait écho à une sorte d’ancestral héritage, que nos cultures ont longuement refoulé. Nous voilà donc pris entre l’attrait intuitif qu’ils exercent et le rejet que notre éducation a modelé.

C’est aussi que cette pratique est affaire très intime, elle touche à notre chair même, elle touche par ce fait notre être le plus privé, révélé à autrui, et constitue une trace initiatique. Se tatouer constitue un choix personnel que chacun fait dans un sens quasi religieux. Il n’est pas une marque au fer rouge, qui elle est imposée, mais un libre choix d’appartenance et de reconnaissance. C’est ainsi que le tatouage fut pratiqué durant des millénaires. S’il est devenu aujourd’hui une pratique décorative, c’est par la perte systématique du sens sacré que l’humain sut accorder à chacun de ses gestes.

Nous connaissons tous plus au moins les tatouages contemporains dits tribaux, celtiques.

Ces marques, à vie (tatouages) ou ponctuelles (peintures) semblent liées à l’ancestralité la plus primitive.

Le mot tatouage vient du mot tatau, pratique répandue en Océanie, qui s’effectuait à l’aide d’instruments originellement confectionnés à partir d’ossements humains ou de bambous effilés.  Il suffisait d’en tailler une extrémité en forme d’aiguille et de biseauter l’autre. Le colorant était fait d’un mélange d’eau et de charbon. En règle générale chaque tatouage était unique. Il variait selon l’âge, le rang social et le sexe de l’individu. Il témoignait du prestige social, clanique et magique de la personne.

Les tatouages guerriers couvraient de la taille aux genoux. Le tatouage accompagnait autrefois les rites d’initiation. Les premières menstruations, la puberté et le mariage étaient des moments où on marquait le corps des symboles correspondants.

Selon la mythologie Māorie, le tatouage a commencé par une histoire d'amour.

Un jeune homme du nom de Mataora (" visage de la vitalité ") aimait une jeune princesse du monde des ténèbres du nom de Niwareka.
Un jour Mataora frappa Niwareka qui s'enfuit alors pour rejoindre Uetonga le royaume de son père. Mataora, le cœur brisé et repentant, partit à la recherche de Niwareka.
Après bien des épreuves, et des obstacles, il arriva à Uetonga. Durant son long voyage les peintures de son visage avaient coulé et formaient un masque de boue triste.
La famille de Niwareka se moqua de cette apparence. Humble, Mataora implora le pardon de Niwareka , qu’elle lui accorda bien volontiers. Le père de Niwareka entreprit d’enseigner à Mataora l'art du tatouage et Mataora lui apprit l'art de garnir le bord des manteaux de tresses de toutes les couleurs (Taniko).
Mataora et Niwareka sont revenus dans le monde des humains, y rapportant l'art du moko et celui du taniko.

La pratique des tatouages dans la culture Maori est liée à leur culture religieuse. Le prêtre chaman Maori (Tohunga) est à la fois un sorcier, un prêtre, un guérisseur. La médecine traditionnelle maori est appelée Tohungaisme. Le travail des tohunga s'entourait d'un certain rituel et de pratiques religieuses. Les tohunga pouvaient se spécialiser dans une discipline : connaissances sacrées, cérémonial rituel, histoire, légendes et généalogies, ou encore : relations avec les esprits. Les tohunga-magiciens subissaient un long entraînement physique et mental, aussi étaient-ils des conseillers influents auprès des conseils de tribu et des chefs.

Il est intéressant de faire des rapprochements avec monde celtique, les fonctions des Bardes, des Ovates, des Druides.
Le Tohunga, interrogeait l'avenir en jetant une baguette faite de "raupo", (typha angustifolia, espèce de roseau fort commun en Nouvelle Zélande) Cela n’est pas sans rappeler les Ogahms.

Etait qualifié de Tohunga, toute personne habile et experte dans un art comme la construction (des pirogues ou des maisons) le tatouage, la sculpture sur bois, etc.

Le travail des Tohunga s'entourait d'un certain rituel et de pratiques religieuses. C'est cela qui lui conférait un caractère sacerdotal.

Source : Dictionnaire Néo-Zélandais-Français - Ewan Jones et Myreille Pawliez. Editions L'Harmattan

 

 






http://tecfa.unige.ch/tecfa/teaching/UVLibre/0001/bin09/scarif.htm


Au Japon le tatouage nous semble lié à la mafia (yakuza), alors que son histoire est bien plus ancienne et sa symbolique différente suivant le cours de l’histoire.

 

http://www.escale-japon.com/articles/tatouage/tatouage.php :

Les Aïnous, population pionnière du Japon, portaient des tatouages faciaux dès l'ère Jomon (-10000 à -300 av. JC), comme symbole d'appartenance à un clan ou un métier particulier. Les femmes avaient également des tatouages, à valeur rituelle : une fois mariées, un tatouage en forme de « moustache » indiquait leur statut d'épouses. D'autre part, dans les îles Ryûkyû, combinant influences taiwanaise et japonaise, des tatouages rituels se faisaient sur les mains.

Lors des guerres civiles du Sengoku Jidai (le XVIème siècle japonais), certains samouraïs se faisaient tatouer le symbole de leur clan sur le bras ou le corps. Lors des batailles, cette méthode permettait d'identifier à coup sûr les cadavres à une époque où les armures étaient volées et où l'on avait l'habitude de couper les têtes des ennemis...

Enfin, certaines catégories professionnelles utilisaient le tatouage comme une marque de leur corporation. Les pompiers d'Edo, par exemple, affectionnaient les tatouages, particulièrement les dragons, créatures aquatiques donc susceptibles de les protéger dans leur travail dangereux.

 

Les tatouages khmers appartiennent au domaine religieux. Leur apparition serait contemporaine de l’arrivée du Bouddhisme Theravada dans la péninsule indochinoise.

Au 13ème siècle, des écrits du Chinois Zhou Daguan mentionnent les tatouages protecteurs du Roi Jayavarman. Le tatouage dans son essence religieuse possède une fonction magique comme de protéger celui qui le porte. Ainsi existe-t-il des tatouages qui permettent d’éviter les flèches, de rendre invisible quand on a perdu ses armes, de ne pas être piétiné par un éléphant, d’avoir l’agilité et l’immunité d’Hanuman, le Roi des singes ... Ces vertus font que les tatouages rituels khmers sont particulièrement recherchés par les soldats. C’est le maître, le tatoueur, qui décide seul de la formule (yoan) qu’il écrit sur le disciple, le tatoué. Il la choisit en fonction de la personnalité de ce dernier et des protections recherchées..

L’encre du tatouage est traditionnellement constituée de pâte d’encre de Chine, de bile humaine d’un ennemi malchanceux, de bile d’oursin, de bile d’ours des cocotiers, de bile de serpent et de bile de crapaud.

De nombreux rituels jalonnent la réalisation du tatouage. Cela va des cérémonies qui ont lieu avant et après le tatouage, en passant par les formules récitées par le maître lorsqu’il tatoue.

Lorsque le tatouage est achevé, le rituel de consécration rend effectif son pouvoir. Les pétales de 7 fleurs sont disposés dans une eau rituelle, ainsi que 21 feuilles de bétel portant des formules en pali et représentant les 21 vertus, une dent de phacochère frottée avec de la cire de frelon, la tête brisée d’une statuette de Brahmâ, un talisman prélevé d’une tige de bambou… Le maître invoque les fantômes de ses propres maîtres, le disciple devient initié et boit l’eau rituelle. Par la suite il devra visiter 7 vénérables moines dans 7 monastères différents pour réaliser le rituel de l’aspersion. A l’issue de quoi, il deviendra un être nouveau

En Europe, les plus vieux tatouages nous sont connus par ceux retrouvés sur le corps momifiés d’Otzi

Par groupe de trois bandes parallèles sur les zones malléolaires, zones des genoux, (parties susceptibles de traumatisme fréquent) le long du rachis, ces tatouages ne semblent pas être des éléments ornementaux car ils correspondent aux méridiens des points d'acupuncture de la médecine chinoise traditionnelle (professeur E. Egarter, Arte émission Archimède du 10 octobre 2000). Ses seize tatouages constellés d'une cinquantaine de traits, placés à quelques millimètres de points d'acupunctures, semblent donc indiquer que la société de l'époque d'Ötzi pratiquait le tatouage thérapeutique.

Nous savons que le tatouage thérapeutique est une pratique eurasienne depuis le Néolithique. Les aiguilles primitives auraient été faites de pierres naturelles taillées. Plus tard, apparaissent des aiguilles d'os ou de bambou. À partir de l'époque des Tchéou occidentaux (771- 403 av.J.-C) des poinçons de pierre sont régulièrement utilisés à visée thérapeutique, protectrice ou préventive.

http://www.archaeometry.org/otzi.htm


Les guerriers Celtes se teignaient en bleu foncé avant de livrer bataille, ce qui avait fortement impressionné Jules César (La Guerre des Gaules). Ils extrayaient cette substance colorante, également utilisée pour la teinture des vêtements, d'une plante indigène, la guède ou Isatis tinctoria (woad en anglais). Non seulement leur aspect devenait tout à fait spectaculaire et effrayant, mais encore la guède possède de remarquables vertus antiseptiques et cicatrisantes qui en faisaient un peu l'équivalent de notre mercurochrome. Les anciens Celtes joignaient ainsi l'utile à l'agréable... "

http://scdinf.univ-lyon2.fr/celtes/societe.htm

Les Brythons donnent son nom à la Bretagne (l'Angleterre actuelle); on les appelle en effet Brythons (ou hommes peints), en raison des tatouages bleus qui couvrent leur corps et leur visage.

Les Pictes écossais ne s'appelaient pas eux-même « Pictes », mais plutôt Cruithne, qui est la même racine que Prydayn et Bretagne dans les langues gaëliques (le K gaëlique correspondant à un P britonnique). Comme les Pictones ou Pictaves du Poitou, ils étaient célèbres pour leurs tatouages. Leur nom dérive du latin Pictus ("peint") qui a donné pictural et peinture.

Pline, Histoire Naturelle

"On donne en Gaule le nom de glastum [la guède ou pastel] à une plante semblable au plantain. Les femmes et les brus des Bretons s'en teignent tout le corps et marchent nues dans certaines cérémonies religieuses, ressemblant par la couleur à des Ethiopiennes."

 

Dans le n°55 de la revue "Message": sur "le tatouage, blason de chair, reflet de nos aspirations":

"On pense que la technique de tatouage utilisée par les Celtes consistait à pulvériser un mélange pâteux de charbon, salive et/ou eau chaude sur des incisions cutanées. La cicatrisation donne un dessin de couleur bleuâtre caractéristique. Ces tatouages ne diffèrent en rien des techniques préhistoriques attestées par les études histologiques de cadavres trouvés dans des tourbières nordiques ou de Otsi, "l'homme des glaces" du Tyrol.

Mais il devait aussi exister jadis des peintures corporelles plus ou moins étendues. Du fait de l'imprécision de nos sources antiques, on ignore si les Pictes/Pictons/Pictaves, dont le nom signifie "les peints" avaient le corps couvert de peintures de guerre (comme les "Peaux Rouges") ou de tatouages (comme les Maoris)

http://agoras.typepad.fr/regard_eloigne/signes_du_corps/index.html

Le monde moderne semble pratiquer le tatouage dans un sens de décoration, on se fait un tatouage « parce que c’est joli » Cependant, pour une grande partie des tatoués, nous pouvons subtilement percevoir sous ces actes de marquage, une volonté d’appartenance, un sens quasi initiatique. Tel est le cas, des tatouages des marins, des « routards », les tatouages des tribus de « hell’s angels ». Sans aucun doute une volonté de marquage d’appartenance au « tolards » qui se tatoue à la fourchette (rôle initiatique de l’accentuation de la souffrance)

La récupération de cet art par des communautés plus ou moins marginales nous a fait oublier son rôle profondément reliant pour lui conférer un rôle marginalisant.

Cependant dans le tréfonds de nos mémoires les ailes du souvenir battent encore et éveillent parfois le sens sacré, le sens respectueux, le sens honorable de ce choix et c’est pour cela que si nous crachons sur quelques spirales posées sur la cheville d’un voisin, les rêve de beauté et de respect se pose sur nos esprits à la vue des visages tatoués des supporters du rugby de Nouvelle Zélande.

 

Par Duir - Publié dans : Autour du monde

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