(Siegfried Haehne, Cheminements, peinture sur cuir)
Exposition jusqu'au 20 janvier 2009
Avec ANNETTE BURNOTTE , CHRISTIANE ERARD et SIEGFRIED HAEHNE
Art For Reveur, 632 Chaussée de Waterloo Ixelles ( Bruxelles )
(Siegfried Haehne, Cheminements, peinture sur cuir)
Exposition jusqu'au 20 janvier 2009
Avec ANNETTE BURNOTTE , CHRISTIANE ERARD et SIEGFRIED HAEHNE
Art For Reveur, 632 Chaussée de Waterloo Ixelles ( Bruxelles )
Que d’encre et que de touches du clavier inscrivent ces mots qui nous interpellent, tous, d’une manière ou d’un autre, un peu rêveur, un tantinet nostalgique. Quelles magies sont portées par ces mots ? Comme si la tradition orale était porteuse d’un secret qui maintenant nous échappe et nous éloigne toujours un peu plus d’une sorte de paradis perdu.
Nous ne pourrions si bien dire, si bien comprendre la perte de ces richesses, nous qui avons tout consigné, trié, fiché, mis à mort dans nos livres.
Nos livres qui sont devenus les références absolues de nos vérités et sans lesquels nous ne pouvons plus nous référer.
Que porte la tradition orale que nous ne saurions plus porter ?
Quelle que soit la tradition, nous retrouvons des traces communes de techniques particulières. Les « sages », prêtres, sorciers, shamans, se prêtent tous aux apprentissages de ces techniques. S’ils sont tous à la fois sorciers, prêtres, guérisseurs et qu’ils peuvent tous choisir de se spécialiser (connaissances sacrées, cérémonial rituel, histoire, légendes et généalogies, relations avec les esprits, conseillers influents auprès des conseils de tribu et des chefs), ils ont tous la connaissance de la transmission, ils connaissent l’Histoire de la communauté, ses mythes, ses contes et ses légendes et sont chargés de les transmettent. Dans un but pédagogique, dans un but thérapeutique.
Nous avons tous entendus parler des Bardes celtes, des Scaldes scandinaves, des Tohunga (chaman Maori), entendus parler des Kalévaléens finnois, des mythes australiens, amérindiens …..
Une commune mesure réside dans l’enchevêtrement entre le rêve et la réalité, le mythe et l’histoire, chaque fois, les deux se chevauchent et se mêlent, rendant la compréhension difficile à nos esprits cartésiens, perdus entre deux rives.
Les anciens ne s’y trompaient pas et visaient particulièrement cet effet. L’approche est différente, plus complète, plus réelle pourrait-on dire si nous prenons un tant soit peu de recul.
En effet que nous prenions les mythes, les contes ou les poésies particulières que furent les Englyn celtes, ou les Edda nordiques, les techniques sont à la fois « carrées » de manière à se caler sur l’esprit logique et le cerveau gauche, et tout à la fois analogique de manière à éveiller le cerveau droit.
Nous pouvons le constater, les techniques ancestrales orales reposent sur différents outils. Le conte, dont le conte de fées, le mythe, la poésie sont exprimés sous forme de paraboles, de métaphores et d’analogies.
« Le conte est un récit d’aventure imaginaire » (Pierre Mourlon Beemaert). Depuis la nuit des temps et dans tous les pays, les contes s’adressent à la sensibilité et à l’intuition des auditeurs, ils communiquent une sagesse qui vient du fond des âges.
Les travaux de Bruno Bettelheim et de Clarissa Pinkola Estès ont définitivement éclairé les mécanismes du conte.
Lorsque les contes sont encore vivants, le conteur les accommode à sa façon, ils sont polysémiques, ne peuvent se réduire à une signification unique.
Les contes de fées résument les problèmes de l’existence en terme précis.
« L’enfant dit Bruno Bettelheim, peut ainsi les affronter dans leur forme essentielle. Le conte de fées simplifie les situations, les personnages sont nettement dessinés ».
Le mythe est un récit qui pour Paul Ricoeur est un « Un paquet de relation qui concerne les origines de l’homme, il évoque les relations de parenté, des origines. »
En quelques sortes, le mythe est à la communauté ce que le conte est à l’individu, une transmission qui donne sens, et par conséquent un possible à notre conscient et à notre inconscient, sans clivage ou confit. L’enjeu est de taille.
Ces mythes, contes, poèmes utilisent essentiellement les métaphores, le sens analogique et les paraboles.
La métaphore est d’après Aristote « une opération de langage qui consiste à transférer à une chose le nom qui en désigne une autre ». Pour Alain Cayrol et Patrick Barrère elle est définit comme « une forme de discours imagé qui permet de traduire analogiquement une idée ou une situation par une autre ».
David Gordon : « comme une façon de parler (ou d’agir) dans laquelle une donnée est exprimée sous les termes d’un autre énoncé, de telle sorte que le rapprochement jette une lumière nouvelle sur ce qui est écrit ».
L’analogie suscitée établie des correspondances entre conscient et inconscient par le biais du langage, de l’art, d’objets, d’activités, de personnages.
« Dans le style métaphorique classique le terme évoqué n’est pas présent dans la phrase et c’est à l’auditeur ou au lecteur de le reconstruire » Jean Yves Pouilloux
La métaphore peut aussi lier grammaticalement deux termes de façon à suggérer leur identité. D’ordinaire le rapport analogique n’est pas exprimé et peut rester énigmatique.
Les spécialistes distinguent comparaisons et analogies
La comparaison présente deux éléments pour en souligner les ressemblances et les différences (essayer deux vestes, préférer le train ou l’avion) la métaphore glisse d’un élément sur l’autre : « Quel âne ! » au lieu de « quel idiot ».
La métaphore possède une visée pédagogique ou thérapeutique. Le rapprochement entre un problème à résoudre et sa transcription dans un récit imaginaire ou du moins tiré d’un autre contexte jette une lumière nouvelle pour l’intéressé.
David Gordon : « Faire entrer un élément nouveau dans l’expérience de la renouveler en y introduisant une issue par un recadrage qui libre une ressource, donner de nouvelles perspectives et de faire des suggestions indirectes ».
Michel Kerouac : « La métaphore est une alternative. Grace aux métaphores chacun découvre une partie de sa structure profonde, inconsciente ».
Les paraboles ont un aspect énigmatique propre à éveiller la curiosité et la recherche, elles invitent l’auditeur à fournir son interprétation et à prendre la responsabilité.
Dans la dynamique des histoires et des contes, la force de la métaphore réside dans la stimulation de la créativité de l’inconscient. Nous disposons de deux hémisphères cérébraux, gauche et droit. Dans le gauche sont les opérations conscientes, le langage et la pensée rationnelle. Dans le droit, l’intuition, l’expression et la pensée analogique. L’effet des métaphores, des analogies est d’établir une connexion entre les données conscientes et un autre contenu imagé que l’inconscient va travailler
Le langage analogique est « vieux comme le monde » dit Milton Erikson.
Il permet de fortifier l’autonomie et la responsabilité de l’auditeur, faciliter l’identification au héros, soutenir la découverte et l’acceptation de soi, établir une complicité entre le narrateur et l’auditoire
Les mythes, contes légendes de nos vieux sont toujours décrits entre « rêves et réalités, entre mythe et histoire. Nous avons du mal à démêler ce que nous appelons le vrai du faux dans la légende d’Arthur par exemple, considérant que le vrai est l’historique et le faux le mythique. C’est penser en homme moderne, car pour nos anciens, comme Jung le faisait remarquer, « le rêve et le conte ne sont pas moins réels que la réalité dans la mesure où ils expriment les processus révélateurs de la personne qui rêve et déterminent la façon dont elle perçoit et vit le monde ». Cela est vrai en soi, cela est vrai dans l’inconscient collectif.
Nous devinons l’intérêt de cette approche dans un sens thérapeutique, (perso ou communautaire) et elle peut se constater dans toutes les médecines dites « magiques ». Mais sa valeur dans un sens pédagogique est tout aussi intéressante. Elle permet de d’orienter l’apprentissage vers un état d’autonomie particulièrement intéressant. Nous pourrions nous demander par conséquent où notre endoctrinement moderne perd le sens des réalités pour nous enfermer dans des croyances doctrinales. Mais c’est une autre histoire que nous nous proposons d’aborder ultérieurement.
Le
« Druidisme » est la dénomination moderne d’une pratique plus ou moins calquée, ou inspirée de la pratique religieuse des anciens Celtes. Ce terme n’existe pas dans les temps antiques
qui ne sont pas fait des sociétés laïques, et pour lesquelles la religion est une partie intégrante de la vie sociale et communautaire, mais aussi de la vie personnelle. La différence
« sacrée », « profane » joue sur un tout autre plan que celui d’un choix de vie.
On ne dit pas « je pratique telle croyance » mais on dit « le Dieu de ma Tribu ».
Ainsi pas de « Druidisme » dans l’antiquité mais des croyances polythéistes, dont les prêtres (dans un sens large, c'est-à-dire, Barde, Ovate, Druide, et donc spécialistes du culte, de la médecine, de la justice, de la divination …). Nous pouvons utiliser le terme de « prêtre » dans le sens où sont « druides » une partie de la population dont le rôle est d’encadrer le Sacré auprès de la communauté.
Il est difficile de regarder les anciennes croyances avec nos esprits contemporains, un effort est nécessaire pour les appréhender. Un culte ancien, païen, natif ne se comprend pas, ne se vit pas, ne se pratique pas de la même manière que nos spiritualités contemporaines. Il n’y a pas d’un coté les humains, de l’autre des croyances choisies à la carte, d’un coté les prêtres et d’un autre les « ouailles », il y a d’un coté les Prêtres (Chamans, Druides, Prêtres) mais tout un chacun possède aussi sa part de reliance personnelle. Il y a les rites communautaires, les rites familiaux et les rites personnels, une seule foi exprimée sur des gammes différentes.
Les temps vont axer ces croyances de différentes manières, en fonction des besoins de la société et de l’environnement (car ces pratiques ne sont pas dissociables de l’environnement). Ainsi d’un Chamanisme premier adapté à des communautés claniques, l’humain va passer à la structure Kymrri, plus adaptée à des communautés plus grandes et par conséquent ayant besoin de se structurer tant sur le pan social que religieux. L’un ne va pas sans l’autre dans la vision de l’époque. L’un ne peut se concevoir sans l’autre.
IL y a le rite communautaire, que nous commençons à connaître grâce aux découvertes archéologiques des temples Gaulois par
exemple, tout en ayant connaissance de pratiques votives et personnelles (ex voto de la Seine)
La société celtique, comme ses croyances spirituelles est fondée sur une structure tripartite, et non pas sur un clivage, une dualité de masse, ou de croyances.
Les pratiques des Celtes sont droites issues des pratiques chamaniques premières européennes, au même titre que les pratiques Asatru.
Nous retrouvons fortes traces de trames identiques dans les mythes et les contes, dans les symboles posés des traces archéologiques.
Par exemple, la pratique magique de la chasse dans les communautés chamanes n’est pas « la croyance » mais une partie de la croyance qui englobe aussi la médecine, les cultes aux forces de la nature, le culte des Ancêtres ….. De sorte que nous pouvons considérer que les peintures rupestres, ne représentent pas « une » croyance, mais sont la part de quête magique pour la chasse vitale aux peuples des cavernes. Il ne s’agit que d’une partie de pratique, reliant les humains au sacré (dans le sens relié de religion), partie d’un ensemble ou la Déesse Mère trouve aisément sa place, qu’elle soit une Déesse, un Esprit guérisseur, une force terrienne ou une Mère Divine.
Nous retrouvons ces trames dans la tradition des Celtes, par la présence de Dieu de la Nature, comme Kernunos, et de Déesse Mère comme Ana, Dana ….
La simple différence tient au fait que les Dieux Celtes sont ceux d’une société plus nombreuse, de clans plus grands et donc de
mythes qui se sont mis en place en conséquence. Il en est ainsi de chaque tradition, digne de ce nom, orale, qui tout en gardant le « fond », (ce qui est loi naturelle, vérité première,
savoir des anciens acquis à la force des âges : notre monde moderne n’est rien comparé aux millions d’années des hommes dit primitifs mais transmetteurs des mythes) adapte la forme de
manière à être adaptée à l’ici et maintenant.
Aujourd’hui nous parlons de « Druidisme ». En réalité il existe plusieurs manières et différentes approches de ces pratiques ancestrales, différentes adaptations.
C’est sans doute un mot juste dans la mesure où ne correspondant à rien d’antérieur il permet d’englober dans son sens, tout ce
qui touche de prêt ou de loin à la culture celte ancienne. Il suffirait donc de croire à Ogmios et Dana pour pratiquer le druidisme.
Il n’est pas question de se caler sur des certitudes personnelles, de se croire détenteur de la seule « tradition »
des Druides, ou de la secrète connaissance. IL s’agit de simplement faire un constat. Si nous en restons aux faits, nous pouvons constater qu’il existe trois mouvances.
Nous avons d’une part un ensemble de pratiques issues de ce que nous appelons la Renaissance Druidique. Elle se mit en place en même temps que la Franc Maçonnerie au XVII eme siècle et lui est très proche tant sur le fond que sur la forme. Plus ou moins rapprochée de cultes de la nature cette mouvance produit tout un ensemble de groupes plus ou moins cultuels, culturels.
D’un autre coté nous avons à faire à des communautés en pleine expansion qui renouant avec la culture celte, y adjoint tout un ensemble de pratique New Age, issues des mouvements Hippies, du
Golden Dawn, de la Wicca, et qui foisonnent de diversité dans son essence même. Chacun y crée « Son » druidisme, « Sa tradition ». Il s’agit d’un ensemble hétéroclite de
volonté de vivre autrement sa religion, plus prêt de la nature, sans aucune attache, ni structure. Ces groupes refusent souvent, la notion même de « Prêtrise » chacun étant son propre
prêtre, ou son propre Chaman, ou bien se projette dans le rôle sans les attaches référentielles cultuelles et culturelles basiquement nécessaires.
Une troisième réflexion se fait jour, pour ceux qui comme moi, ayant parcouru les chemins précédents, et s’y trouvant limités, ont orienté leurs travaux différemment. Il s’agit de retrouver les essences fondamentales des vieilles croyances, de leur connexion avec les lois
naturelles qui nous entourent mais sont aussi partie intègre de nos psychés. Il s’agit de puiser aux sources, afin de nourrir notre présent dans une multitude de réalités.
Il ne s’agit pas seulement de connaître, et d’apprendre, mais aussi de comprendre.
Cela est plus un Esprit Celte, Esprit Kymmri ainsi que se nommaient eux même les Celtes que du « Druidisme ».
L’Esprit Kymrii n’est pas un simple apprentissage de textes ou de gestes, mots et gestes que tout un chacun peut reproduire, sans en comprendre le sens et la portée, mais une manière particulière de croire, de faire, de dire. Ces manières sont inspirées, par les schémas ancestraux qui sont les nôtres, que nous connaissons par les étendues nouvelles et réelles de l’histoire et l’archéologie contemporaines, la connaissance des mythes, contes et légendes, celle du folklore, mais aussi celle de notre possible acceptation qu’il existe un inconscient collectif sans amnésie, une autre monde, un espace des Rêves, tel que toutes les traditions primitives le croit et que cet espace nous est accessible, à condition d’être suffisamment humble et libéré des œillères de notre contemporalité faite de dualité, de rejet, de toujours vouloir faire contre au lieu de vouloir faire pour.
Mon expérience personnelle, me porte à croire aujourd’hui que ces orientations sont difficilement accessibles par le travail de groupe. Il semble que la notion d’individualisme l’emporte trop sur
l’individuation pour mettre en place un type d’approche clanique. Dix ans d’ODET, Ordre que j’ai fondé en 1999 et qui fut dissout par les Druides,
suite à mon départ en 2007, dix ans de rencontres intergroupes, voire inter Traditions confirment ce fait. Mais il est d’autres chemins, qui se dévoilent peu à peu, qui plus que du partage sont
des mises en commun du travail effectué. Une sorte de mise en commun des recherches. Quelques uns s’y retrouvent et c’est dans cet idée que je me trouve aujourd’hui, dans ce sens du travail et
dans cet esprit : Kymrii.
Ha Internet ! Grandeur et décadence. Sur cette toile nous trouvons autant de merveilles que de saletés, si ce n’est pire. Oui, d’un coté nous trouvons quelques perles rares, de ceux qui n’ont pas autrement l’occasion de s’exprimer, de ceux qui n’ont pas autrement les moyens de s’exposer, de partager. Mais cette liberté d’expression comporte en elle-même son revers, on peut trouver aussi et souvent le pire, de ceux qui se cachent derrière des Avatars afin de cracher leur venin, ou exprimer leurs pathologies, nourrir la haine sous des mots d’amour, et envenimer la vie sous couvert de tolérance.
Cependant est ce l’outil qui est à blâmer, ou l’homme qui l’utilise ?
L’internet fut dès le début un de ces outils porteur pour les croyances quasi marginales, il permet de comprendre que l’on n’est pas toujours seul à croire à autre chose, de savoir ce qui se passe plus loin, ou ici et que l’on ignore. Des le début les sites et les forums ont foisonnés. Cet élan premier fut rattrapé par les aléas des mouvances sans structure, c’est vite un peu le chaos et la foire d’empoigne la manipulation mentale et le trafic d’influence. Chacun y va de son savoir, de ses copier / coller, de sa recherche des matières « gratis », sans aucun égard pour les droits d’auteurs et le travail des autres.… Les forums se sont fermés, puis ont disparu pour la majorité. Des sites se sont tus, mais on fleuri des myriades de blogs. Le blog est affaire d’une personne et permet au moins de ne pas se chamailler tout seul, même si certain y arrive quand même. Même si souvent ils nourrissent un nombrilisme aigu, ils permettent parfois de rencontrer de bien jolies choses, perso, des analyses judicieuses et des avis intelligents.
Ayant assisté depuis plus de 10 ans à cet historique Internet pour les sites et autres blogs druidiques, je constate que nous avons encore à faire à ce jour à différentes moutures. Les sites d’insultes, qui ne savent au fil des pages que dire « Je suis le meilleur les autres sont des cons ». Ils le disent parfois sans détours, d’autres fois en toute mauvaise fois, fausse humilité. Quelques uns expriment la pratique, leur pratique sans se soucier de ce que pense le voisin, en toute indépendance et clarté d’esprit. D’autres cherchent une légitimité par quelques photos spoliées, quelques liens menant tous au même site.
Nous trouvons aussi des sortes de chaines internes où sous couvert de pratique spirituelle se cache une volonté commerciale. Certains semblent être l’expression d’un delirium tremens, d’autres d’une pensée fort sage. En fait, il en est des sites et autres blogs sur le druidisme ou le paganisme exactement la même chose que tout le reste de la toile. Parcourez les sites et les forums divers et vous constatez illico les foires d’empoignes et les prises de bec, avec de temps en temps une idée lumineuse, une page fertile, une expression de pensée dans le respect de celle des autres.
Il est encore à faire nombre analyse sociologique de cette araignée gigantesque, belle expression de la nature humaine contemporaine.
Mais devons nous abandonner l’outil sous prétexte que certains en font un exutoire pathologique ? Ou plutôt ne devrions-nous pas apprendre à séparer le bon grain de l’ivraie, savoir prendre assez de recul, nous délecter des fleurs offertes par cet espace de liberté, et passer sans les regarder les souillures qui ne sont que l’expression du plus vilain de l’homme ?
Soit l’internet est pire que les livres car il est plus facile : c’est si facile d’écrire quelques mots dans le sens qu’on leur crée, et qu’il suffit d’ouvrir un compte pour se parachuter « grand sage ». Il est plus difficile d’écrire 150 pages sur un sujet, car il faut de la constance et de la suite dans les idées, un certain sens du rédactionnel et la force d’assumer ses croyances. Internet propose plus simple, plus direct ; et l’on peut plus facilement faire prendre des vessies pour des lanternes.
Il y a même ceux qui sont capables de détourner des mails, pirater, ceux qui pillent et qui volent, mais il y a aussi ceux qui savent peindre les beaux ciels du soir, ceux qui chantent les murmures du vent, comme dans la vie, exactement comme dans la vie.
Pouvons-nous nous faire une idée juste de l'expression des pratiques spirituelles sur l’Internet ? Oui une idée juste car nous y trouverons en cherchant bien ce qu’il propose de mieux, tout comme ce qu’il peut engendrer de pire.
A nous la liberté de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain.
Première année à célébrer Samonios en plein jour
Etrange sensation.
Seulement la Reine de la nuit se fit présente.
Sur un fond de jour éclairé de soleil, de l'air presque doux qui frôle nos âmes, des feuilles bruissantes tendres et légères, nous entendons, si près, la "grande chasse"
Il y a celle que mène Arthur dans le grand ciel d'hiver et que l'on retrouve dans bien des contes anciens. Mais il y a celle, profane, qui se déroule, à quelques pas de nous. Nous entendons, les chiens, les cris, les coups de feu.
Juste un pas et nous pouvons sentir la Morrigan dans son travail, l'odeur du sang, le souffle court de la bête traquée. Avons-nous peur ? Non pas même alors que les fusils claquent et tournent autour dans un sens dextrogyre. Nous sommes encerclés par Celle qui berce ceux que nous aimons et que nous pleurons.
Chaque vie se meut portée par la mort.
Je vois les parois brutes des grottes ariégeoises où se trémoussent à l’infini les chasses ancestrales, j’entends les cris des hommes encourageants les chiens. Entre les deux Arthur s’élance …. Que séparent ces milliers d’années ? Quelle cruauté me fait face, quelles questions assaillent mon esprit ?
Nous sommes à Samonios et Elle se rappelle à nous d’une façon crue, et claire.
Nous courons côte à côte, un instant, rassurés par la vitesse silencieuse de la bête lancée vers d'autres ombres, d'autres forêts ...
Et voilà le nouveau jour couvé tout au fond du chaudron, partage des mots, partage des silences, l'année nouvelle s'installe avec la conscience que la vie et la mort se côtoie et forme la trame rythmée de notre vie.
Les mémoires des terres sont portées par le vent et nos chants unanimes ont fait vibrer le temps.
Oui l'instant fut sacré, de ce sacré pour lequel nous suspendons nos souffles, vrai à notre âme. La bulle de nos rites protège notre précieuse osmose et rien ne peut bafouer, se gausser, renier ce qui nous rassemble là.
J’ai passé une grande partie de mon enfance près du château de « Coumes » ou plus exactement près du château de la
famille Begouën, cette même famille célèbre au sujet de l’art pariétal et des grottes régionales. Je me souviens fort bien des gens de la maison, qui nous laissaient visiter leur petit musée
personnel et se montraient fort généreux lors des préparations d’exposés scolaires. A l’époque, à l’école c’était encore poële de bois et tableaux de craies, encre violette et tablier fermé.
Comme j’aimais ces odeurs. Comme j’aimais préparer les exposés. Le dernier portait sur les sabots de Bethmale, que la famille Begouën a largement agrémenté de détails.
J’ai donc grandi dans le secteur des grottes célèbres. Dormi et rêvé à l’ombre des parures sur pierres de nos lointains ancêtres, bercée par le chant d’une terre gardienne des mémoires comme le
sont toutes les montagnes. Adolescente j’ai arpenté la montagne et ses sources secrètes, ses pans durs et ses cimes claires. J’ai visité avec étrangeté, surprise et émotion bien des cavités,
connues ou inconnues, comme cette petite grotte jamais retrouvée depuis, si petite qu’elle nous fit penser à une maison de nains, de poupées ou de Hadas, ces femmes fées, ces Dames Blanches.
C’est une autre expérience que de porter le pas, adulte et en conscience, vers les versants pierrés du Tuc d'Audoubert et de ses ombres profondes. Une autre émotion, que les mots ont du mal à
transcrire que de poser le pied, la main, le cœur et l’âme contre la terre qui porte gravée sur la peau des signes des hommes. C’est comme entendre un cœur qui bat dans un ventre de femme.
La nature ici est tellement, ici, reine et présente, forte, qu’il est encore aisé de se laisser engloutir dans ses franges sauvages. On se sent si petit mais si bien. La montagne a cela de
précieux, elle est comme les chats, jamais totalement domestique. Avec silence et retenue on peut l’approcher lentement et l’apprivoiser, un peu. Elle nous livre alors non seulement les secrets
des vieux temps mais la force de sa sauvage engeance. Oui on peut sentir ce que c’est que d’être là, fragile et secourable, à la merci du vent, du temps et des chevreuils qui passent. Comme
chaque fruit se cueille avec merci, respect. Un peu animal, un peu terre, on erre, on tangue un peu, on danse lentement comme un ours. On sent comme le jour se montre, qu’il est bon que le soleil
se lève et que nous n’y pouvons rien.
Alors se lève le chant du monde, le murmure de la terre, se lève les chuchotements qu’y ont enclos les vieux danseurs de l’éternité, les femmes bleues de nos mémoires millénaires.
Que sommes nous d’autres que ces bouts de ciel dans nos yeux levés ?
Que sommes nous d’autres que ces bouts de terre dans nos chairs dorées ?
Que sommes nous d’autres ….
Que ces peintures qui dansent encore quand on laisse la lueur des bougies auréoler l’obscur souvenir de la Mère ?
Il suffit d’un éclat de flamme qui danse pour que l’espace devienne un monde vivant, et magnifique d’éternité.
Le sorcier
Situé à 4 m de haut, sur la voûte, dominant un fouillis d'animaux, il est gravé et en partie peint en noir. L'abbé Breuil en fit la
description et l'interprétation suivantes :
"Vu de face, cette tête a des yeux ronds pupillés entre lesquels descend la ligne nasale se terminant par un petit arceau. Les oreilles dressées sont celles d'un cerf ; sur le bandeau frontal
peint en noir émergent deux fortes ramures épaisses sans andouillers frontaux, avec un seul andouiller court déjà assez élevé au-dessus de la base, après lequel chaque branche se coude vers
l'extérieur pour se diviser à nouveau en deux à droite et trois à gauche. Il n'y a pas de bouche, mais une très longue barbe striée tombant sur la poitrine. Les avant-bras sont relevés et joints
horizontalement, se terminant par deux mains juxtaposées, à doigts courts et tendus ; leur couleur est délavée, presque disparue. Une large bande noire cerne tout le corps, s'amincissant à
l'ensellure lombaire et s'étendant aux membres inférieurs fléchis. Un point marque la rotule de gauche. Les pieds, orteils compris, sont assez soignés et marquent un mouvement analogue à celui de
la danse du "Cakewalk". Le sexe mâle, accentué, non érigé, est rejeté en arrière, mais bien développé, inséré sous une queue abondante (loup ou cheval) à petite houppe terminale. Telle est
évidemment la figure que les Magdaléniens considéraient comme la plus importante de la caverne et qui nous paraît, à la réflexion, celle de l'Esprit régissant la multiplication du gibier et les
expéditions de chasse."
Les traditions natives ont toutes une présence majeure du culte des ancêtres. Ceux-ci sont à la fois fort coupés du monde des vivants, chacun chez soi, et en même
temps toujours présents. Ils sont fêtés à cycles réguliers, honorés. Contre la fidélité de notre mémoire ils nous assurent la continuité des générations.
L’Ancêtre est d’une importance majeure dans nos traditions qui fonctionnaient sur la base du
« clan ». Le clan ne doit pas être confondu avec la communauté démocratique. Celle-ci met le groupe au service de l’individu, quand le clan met l’individu au service du clan. Sachons là
aussi faire la différence entre certaines tendances communautaires qui annihilent l’individu pour le fondre dans la masse, et le clan qui valorise la richesse individuelle, vitale pour le
clan.
Le clan est ce qui peut être la notion de famille à l’ancienne, soit, une famille dans le sens très élargi du terme (les Fine Irlandaises en sont un excellent exemple), mais nos vieilles familles abritant sous le même toit plusieurs générations, voire plusieurs fratries en sont un lointain héritage.
En ce sens, les individus, se trouvent forts de vivre en groupe puisqu’ils se soutiennent et se renforcent.
Le clan se renforce dans l’espace – horizontal – il lui faut des individus aux compétences différentes et complémentaires répondant à l’ensemble des besoins du groupe dans son ensemble et à l’ensemble des individus de ce même groupe. Mais il se renforce aussi dans le plan – vertical – il lui faut connaître son histoire et avoir un passé afin de pouvoir se projeter dans le futur. La survie du clan passe par la connaissance et la célébration de ses ancêtres, d’où les cultes des Ancêtres historiques, et de l’ancêtre mythique garant d’une identité, synonyme d’une réalité dans le monde des hommes.
Il n’est donc pas surprenant de trouver des traces du culte des Ancêtres dans la totalité des pratiques premières et héritières. Ce culte, si important et si vital passera les clivages et réussira à trouver son expression en des croyances plus modernes qui par essences lui sont bien étrangères.
Le culte des Ancêtres difficilement dissociable de la notion de tribu, de clan est sorti de ce contexte une sorte de bouffonnerie lugubre. Pour comprendre pleinement ce lien nous devons avoir pleine conscience de la notion de clan, au moins dans l’esprit et dans le sens, si ce n’est dans la réalité.
Se savoir descendants, héritiers de , est sans aucun doute un des premiers pas vers la reconnexion avec ce type de croyance. Nous comprenons fort bien le sens invoqué dans l’expression des liens profonds entre les vivants et les morts des tribus contemporaines amérindiennes, ou encore dans celle des traditions encore vivaces de quelques aborigènes. En quoi retrouver le sens de nos ancêtres ne serait-il pas aussi respectable ?
Non dans le sens de nous couper du présent mais plus pour nous y incarner avec responsabilité et humilité.
Avancer le culte des ancêtres comme un seul filet d’encens sur l’autel familial relève de la fantaisie la plus primaire, en ce sens où il déconnecté de la fonction première de relier et lier l’espace et le temps, le passé et le futur. Les morts sont censés nous garantir la longévité si nous savons conter leur histoire et honorer leur mémoire, cela est euphémisme, car si nous parlons d’eux nous gardons le sens de ce que nous sommes. Il s’agit bien de la garantie de notre survie d’être humain.
Mais plus encore, les morts sont placés entre les mondes, ils ont accès à toutes les portes et peuvent donc aussi nous guider, nous aider, nous conseiller, intercéder pour nous auprès des Dieux (d’où les prières faites directement aux Ancêtres). Ils voient de l’autre coté. Ainsi il devient facile de mêler les esprits et les morts, les espaces des dieux et celui des morts, les îles bienheureuses et les espaces magiques, le monde du Sydhe et les Tertres divins. Le pays des pommes de nos ancêtres est porteur des secrets qui ne se révèlent qu’à ceux ayant passé les flots, ou les portes de pierres.
Quoiqu’il en soit, il est indéniable qu’un homme sans mémoire est un homme blessé. La science psychologique connaît bien les blessures portées par ceux qui ne connaissent pas leur histoire, et le nom de leurs pères (ou des mères). Il en est de même pour celui des familles, des clans perdus. Renier sa mémoire, refouler son héritage, quel qu’il soit, attester que nous n’avons rien gardé de nos aïeux, qu’il ne nous reste rien, est sans aucun doute la pire blessure que nous pouvons nous infliger nous-même. Un peu comme une boucle qui ne saurait se reconnaître, une mère avalant ses petits, une mort dans l’œuf. Fidèle aux croyances anciennes, ce serait faire un retour aux sources, non pour s’y abreuver mais pour renoncer à soi même.
Nous pouvons nous demander comment pouvons nous faire, alors que notre aujourd’hui a oublié le sens du clan et de la tribu, temps où l’individu ne sait plus ce qu’il peut être pour les siens tout en sachant très bien ce qu’il en veut.
Penser juste un instant que nous sommes là simplement parce que d’autres on su retrousser les manches et maladroitement, mais courageusement, chaque jour qui passe su ramasser judicieusement les baies qui courent au bords des chemins, chasser le lapin qui rode, battre le blé et nous cuire le pain ..
Avons-nous cette sagesse qui pense à demain ?
Avons-nous cette volonté
juste ?
Avons-nous cet amour ?
Le culte des ancêtres c’est peut-être aussi, un peu, reconnaître qu’il a fallu beaucoup d’amour malgré les haines pour être encore et toujours là, vivant, debout, mangeant le blé …. Et que perdant ce sens des « Vieux », nous spolions nos enfants de ce qui est leur : la vie sur la terre.
Lorsque l‘on site les calendriers luni-solaires, on site les Hébreux ou les Romains, fort rarement les Celtes. Pourtant nous possédons un bel exemple de notre calendrier luni – solaire avec le Calendrier de Coligny.
http://www.louisg.net/C_gaulois.htm
" Tous les Gaulois se prétendent issus de Dis Pater : c’est, disent-ils, une tradition des druides. En raison de cette croyance, ils mesurent la durée, non pas d’après le nombre des jours, mais d’après celui des nuits ; les anniversaires de naissance, les débuts de mois et d’années, sont comptés en faisant commencer la journée avec la nuit."
Jules César Guerre des gaules VI-18
Si analogiquement, symboliquement, le temps commence avec la nuit, alors l’année commence avec l’hiver et la porte de l’hiver, chez les Celtes c’est Samonios, soit aux alentours du 1er novembre. Peu de pratiquants contemporains sont d’accord sur la date exacte, pour certains il s’agit du 1er novembre, pour d’autres il s’agit de faire correspondre analogiquement la date clé de Samonios avec la phase lunaire synchrone. Dans ce cas nous sommes aux portes de l’année, avec la lune noire qui vient juste de traverser le creux du chaudron. Sachions nous en faire bel usage.
…et toi , Ô mon aîné, d’où es-tu venu ?
Ferchertne :
-ce n’est pas difficile, le long des colonnes de l’âge
les long des fleuves de Leinster
le long de la colline magique de la femme de Nechtan
le long de l’avant bras de la femme de Nuada
le long du pays du Soleil
le long de la demeure de la lune
Extrait du Dialogue des Deux Sages
Chants chamaniques et narratifs de l’Arctique Sibérien
« Perdus dans l'immensité de la toundra arctique, le peuple ''Nganasan'' a su conserver l'essentiel de ses traditions chamaniques. Ces chants narratifs et chamaniques qui semblent venus
du fond des âges réveillent en nous des souvenirs ancestraux que l'on croyait à jamais oubliés »
Enregistré dans les années 90, ce CD est une perle rare. L’enregistrement est ce que l’on peut espérer de mieux lorsque l’on capte l’essentiel et le vrai, quelques toux, beaucoup de rires et les chants, les chants de ceux qui les vivaient encore. A écouter le soir, avant de s’endormir, dans l’obscur fuite du jour ou en marchant dans les bois : une magie.
1. Le Fils Du Renne Femelle
2. La Gaie Jeune Fille
3. La Flèche Bariolée
4. Les Deux Rennes Mâles
5. L'Hirondelle-Flèche
6. Chant Divinatoire
7. Chant Narratif
8. L'Orpheline
9. Chant Maternel
10. La Mal Mariée
11. Chant Chamanique
12. Séance Chamanique De L'Ours
13. Chant
14. Chant De La Mère
15. Chant D'Adieux
http://www.justement-music.com/album_C1.php?id=879&id_col=5