En parfait écho à mon article New Age, Religion du livre, Opposés similaires, je ne résiste pas à vous recopier un extrait de
Maslow / L’accomplissement de Soi / éditions Eyrolles p 89/62 / qui reflète parfaitement mon analyse. A la manière de Maslow, inégalable !
[…] la plupart des individus pensent de manière atomiste, en terme de « et – ou », noir blanc, tout ou rien, d’exclusion de l’un de par l’autre.[…]
Le meilleur moyen de semble t-il de mettre le lecteur en garde contre les dangers de la polarisation et de la pensée binaire est de convoquer
l’histoire. J’observe dans l’histoire de nombreuses religions organisées la même tendance à développer deux fractions extrêmes : l’aile « mystique » et individuelle d’une part et
de l’autre l’aile légaliste et dogmatique. L’individu profondément et authentiquement croyant intègre facilement et naturellement ces dimensions. Les formes, rituels, cérémonies et formules
verbales dans lesquels il a été élevé restent pour lui enraciné dans l’expérience, porteurs de symboles, archétypaux, unifiés. Un tel individu pourra bien se prêter aux mêmes gestes et aux mêmes
comportements que ses coreligionnaires plus nombreux, il n’en est jamais réduit à la seule dimension comportementale, contrairement à la plupart. La majorité des gens perdent et oublis
l’expérience religieuse personnelle et redéfinissent la Religion comme un ensemble d’habitudes, de comportements, de dogmes, de formes qui a l’extrême, deviennent entièrement légalistes et
bureaucratiques, conventionnels, vides et anti religieux, au sens le plus vrai du terme. L’expérience mystique, l’illumination, l’éveil, aussi bien que le prophète charismatique qui a tout
commencé, sont oubliés, perdus ou transformés en leurs contraires. Alors la religion organisée, les églises, deviennent les principaux ennemis de l’expérience religieuse et de l’authentique
expérience
[…]
Mais à l’autre bord, l’aile mystique (ou expérientielle) a aussi ses pièges […]
De même que le type le plus apollonien peut sombrer dans l’excès du « tout comportemental », de même le type mystique cour t-il le risque d’être réduit au « tout comportemental ». Tout à la joie et à l’émerveillement de ses extases et de ses expériences paroxysmiques, il peut avoir la tentation de les rechercher, ad hoc ; renonçant à tout autre critère de bien ou de mal, il y voit les bienfaits les plus élevés, sinon les seuls, de la vie. Obnubilé par ces merveilleuses expériences subjectives, le danger le guette de se détourner du monde et des autres sans sa quête de catalyseurs de l’expérience paroxysmique, de n’importe quel catalyseur. La plongée temporaire en soi –même, la quête intérieure sont remplacer par une démarche purement égoïste ; l’individu ne recherche plus rien que son salut personnel, essayant de rentrer « au paradis » même si les autres ne le peuvent pas, pour finalement peut-être même utiliser les autres comme des catalyseurs, des moyens d’atteindre son seul objectif d’états supérieurs de la conscience. On l’aura deviné, il ne devient pas seulement égoïste, mais aussi malfaisant. Mon sentiment, de ce que m’a appris l’histoire du mysticisme, est que ce penchant peut parfois déboucher sur la méchanceté, la malveillance, la perte de toute compassion ou même à l’extrême, le sadisme.
Un autre traquenard sur le chemin des mystiques tout au long de l’histoire a été le danger de l’escalade des catalyseurs, si je puis m’exprimer ainsi. C'est-à-dire que les stimuli de plus en plus forts sont nécessaires pour produire la même réponse. Si le seul bienfait de la vie devient l’expérience paroxysmique et si tous les moyens vers cette fin deviennent bons, et s’il vaut mieux plus d’expériences paroxysmiques que moins, alors l’individu peut forcer le résultat, le provoquer, se démener, les traquer et se battre pour elles. C’est ainsi que les mystiques ont souvent franchi le pas de la magie, du secret et de l’ésotérisme, de l’exotisme, de l’occulte, du théâtral et de l’outrancier, du dangereux, du sectaire. Une saine ouverture au mystère, la reconnaissance réaliste et humble que nous ne savons pas grand-chose, l’acceptation modeste et pleine de gratitude de la grâce gratuite et de la chance toute nue- tout cela peut disparaitre et se fondre dans l’anti rationnel, l’anti scientifique, l’anti verbal, l’anti conceptuel. L’expérience paroxysmique sera alors exaltée, comme la meilleure ou même la seule voie vers la connaissance et des lors, toute tentative de validation de l’illumination sera vaine.
La possibilité que les voix intérieures, les révélations soient erronées, cette leçon de l’histoire qui devrait pourtant être dit haut et fort, est exclue et il n’y a pas moyen de déterminée si ces voix sont celles du bien ou du mal. La spontanéité (les impulsions de notre meilleur moi) est confondue avec l’impulsivité et la démonstrabilité (impulsions de notre moi malade) et comment alors les différencier ?
L’impatience (et en particulier celle, chronique de la jeunesse) dicte des raccourcis de toutes sortes. […]. La révélation devient « tout » et le travail de cheminement patient et discipliné est repoussé à plus tard ou dénigré. Au lieu de l’émerveillement, l’excitation est programmée, promise, annoncée, vendue, artificiellement provoquée, et on en vient à la considérer comme une vulgaire marchandise
hétéroclite (éclectique) de pratiques personnelles. Le néo paganisme est
parfaitement inscrit dans cette mouvance new âge avec la simple particularité d’inclure dans ses références les signes européens des anciennes croyances, tout en gardant ceux hérités des premiers
pionniers de ces mouvements (Indouisme, Bouddhisme, Taôisme etc.).